Aratos de Soles (315-245 av. J-C)

Aratos de Soles – Domaine public via Wikimedia Commons

Voir aussi « l’astronomie grecque antique« .

Biographie

Aratos est né vers 315 av. J.-C. à Soles, en Cilicie, dans l’actuelle Asie mineure. On ne sait pas grand-chose de sa vie ; peut-être a-t-il été disciple, à Athènes, du stoïcien Zénon d’Élée. Il fut aussi le contemporain de Callimaque, et peut-être l’ami de Théocrite.

Aratos appartenait de toute évidence à la cour du roi de Macédoine, Antigone II Gonatas, fils de Démétrios Poliorcète, qui régna de 277 à 239. C’était un souverain très cultivé, qui réunissait autour de lui nombre d’intellectuels, tantôt à Pella, l’antique capitale de Philippe et d’Alexandre, tantôt à Démétrias, en Thessalie, où son père avait construit un palais flambant neuf, tantôt à Athènes même, qui avait perdu son poids politique, mais faisait toujours figure de phare intellectuel.

Aratos serait venu en Macédoine au moment du mariage, entre 279 et 276, d’Antigone avec Phila, sœur d’Antiochos et fille de Séleucos et de Statonice, elle-même sœur d’Antigone. En d’autres termes, la jeune femme épousa son oncle, pour sceller la réconciliation des deux royaumes face au danger gaulois. Aratos, qui faisait sans doute partie de l’entourage de la princesse, l’aurait suivie et aurait fini sa vie à Pella ou à Démétrias, vers 245.

Les Phénomènes

C’est le roi Antigone Gonatas lui-même, qui aurait commandé à Aratos la rédaction d’un poème, inspiré d’Hésiode, et donc en hexamètres dactyliques, et fondé sur l’œuvre d’Eudoxe de Cnide. Pour ce faire, il lui aurait remis le Miroir d’Eudoxe… Si l’on en croit Jean Martin, qui a publié les Phénomènes d’Aratos aux éditions Les Belles Lettres (collection Budé) en 1998, Aratos ne s’est nullement attelé à la tâche un peu absurde de transcrire en vers un texte en prose ; en réalité, ce n’est pas un livre qu’Antigone lui remet, mais une sphère pleine, reproduisant le mouvement des planètes tel qu’Eudoxe l’avait décrit. Il se fonde sur un témoignage de Cicéron :

« Dicebat enim Gallus sphaerae illius alterius solidae atque plenae uetus esse inuentum, et eam a Thalete Milesio primum esse tornatam, post autem ab Eudoxo Cnidio, discipulo ut ferebat Platonis, eandem illam astris quae caelo inhaererent esse descriptam ; cuius omnem ornatum et descriptionem sumptam ab Eudoxo multis annis post non astrologiae scientia sed poetica quadam facultate uersibus Aratum extulisse. » (République, I, XIV)

« Gallus disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine était ancienne, qu’elle avait d’abord été façonnée au tour par Thalès de Milet, et qu’ensuite, elle avait été dessinée par Eudoxe de Cnide, qu’il disait disciple de Platon, avec les astres qui sont fixés au ciel ; et que bien des années plus tard, Aratos, non pas grâce à sa connaissance de l’astronomie, mais grâce à un certain talent poétique, exposa dans ses vers tout le décor et les dessins pris à Eudoxe. »

L’œuvre d’Aratos est pour nous essentielle, du fait que celle d’Eudoxe a été perdue. Qu’il ait été lui-même astronome, ou qu’il ait simplement retranscrit en poète l’œuvre d’un savant, les Phénomènes sont pour nous, comme le dit J. Martin, « la plus ancienne représentation d’ensemble du ciel visible que nous aient laissée les Grecs. Nombre de constellations y sont nommées pour la première fois. Et il est bien difficile de savoir quand elles sont apparues. » (op. cit. tome I, p. XCVII)

Construction du poème

  • Vers 1-18 : prélude, hymne à Zeus ;
  • Vers 19-739 : première partie, description du mouvement des astres ;
    • v. 19-450 : description des « fixes » : les constellations, hors de tout mouvement ;
    • v. 451-739 : les levers et couchers simultanés, permettant de repérer à un instant t la carte du ciel…
  • Vers 740-1154 : deuxième partie, les pronostics – les mouvements des astres permettent d’exprimer des signes de Zeus, sur la météorologie, mais pas seulement. L’inspiration est ici différente ; l’accent est mis sur les phénomènes météorologique, et la configuration des astres est complétée par l’observation des animaux et des végétaux…

Ce sont donc les 739 premiers vers qui concernent directement l’astronomie. Mais ce serait une erreur de considérer que la description du ciel et des étoiles ait eu pour Aratos une valeur en soi. L’hymne à Zeus, en même temps qu’il énonce le projet et le plan de l’ouvrage, indique clairement son objectif : il s’agit de décrypter les signes que Zeus adresse aux hommes, dans sa bienveillance, pour leur indiquer le « bon moment » pour tous les actes de la vie agricole. On est bien dans la continuité d’Hésiode

  • L’hymne à Zeus (v. 1-18)

Une composition très rigoureuse : une première partie de neuf vers (4 + 5), suivie d’une seconde (5 + 4 vers).

  • La première partie présente d’abord Zeus, à la fois comme un dieu omniprésent et omniscient, et – ce qui diffère de la tradition, où Zeus se montre bien souvent hostile aux hommes, comme le montre par exemple le mythe de Prométhée – comme un père bienveillant et attentif (ὁ δ‘ ἤπιος ἀνθρώποισι, « celui-ci, favorable aux hommes »…) ; dans un deuxième temps, Aratos explicite le but des signes qu’il leur adresse :

« δεξιὰ σημαίνει, λαοὺς δ´ ἐπὶ ἔργον ἐγείρει
μιμνήσκων βιότοιο· λέγει δ´ ὅτε βῶλος ἀρίστη
βουσί τε καὶ μακέλῃσι, λέγει δ´ ὅτε δεξιαὶ ὧραι
καὶ φυτὰ γυρῶσαι καὶ σπέρματα πάντα βαλέσθαι. »

« Il leur envoie des signes favorables, il éveille les peuples au travail,
leur rappelant leurs moyens d’existence ; il leur dit quand la terre
est la meilleure pour les bœufs et les hoyaux, il leur dit c’est la bonne saison
pour planter les végétaux et semer toutes les graines. »

Il s’agit donc bien d’établir un calendrier agricole. Curieusement, il n’est pas question ici de la navigation.

  • La deuxième partie confirme que ce calendrier est fondé sur l’observation des étoiles : l’astronomie est donc uniquement un instrument, et non une fin en soi. Quant aux 4 derniers vers, ils sont une prière à Zeus, aux dieux qui l’ont précédé, et à ses filles, les Muses.
  • La description des constellations, v. 19-450 : les Fixes

La sphère des Fixes, sur laquelle sont accrochées les quelque 6 000 étoiles visibles à l’œil nu, constituait pour les Anciens la limite extrême du Cosmos – c’est-à-dire le monde ordonné, susceptible d’être connu et mesuré par des calculs mathématiques.

Aratos reprend la liste des constellations d’Eudoxe de Cnide, peut-être complétée.  La voici (nous avons mis en bleu les 12 constellations du zodiaque) :

Constellations boréales, ainsi définies (v. 319-320) :

« Καὶ τὰ μὲν οὖν βορέω καὶ ἀλήσιος ἠελίοιο
μεσσηγὺς κέχυται· »
« Et celles-ci sont répandues entre Borée et la course errante du soleil »

Borée représente le vent du Nord, et par extension le Nord.

    1. Le Chariot
      1. Grande Ourse, Héliké
      2. Petite Ourse, Kynosoura
    2. Le Dragon
    3. L’Agenouillé (plus tard identifié par Hipparque à Héraklès ; mais pour Aratos, « nul ne sait de qui il s’agit »)
    4. La Couronne d’Ariane
    5. Le Serpentaire
    6. Le Serpent
    7. Les Pinces, identifiées à la Balance à partir du 1er s. av. J-C.
    8. Le Gardien de l’Ourse, ou Bouvier : contient l’étoile Arcture ;
    9. La Vierge, soit fille d’Astrée, soit Justice (qui a quitté les hommes au moment de la race de Bronze) : Aratos reprend et simplifie le mythe des races d’Hésiode – il semble ne connaître que trois races, celles d’or, d’argent et de bronze.
      Cette constellation est proche d’étoiles anonymes.
    10. Les Gémeaux
    11. Le Cancer
    12. Le Lion 
    13. Le Cocher (Lion et Cocher indiquent aux navigateurs que « pour naviguer ce n’est plus la saison des rames. Il faut alors de vastes navires, et que les pilotes tiennent le gouvernail selon le sens du vent ». (ὁ δὲ πλόος οὐκέτι κὠπαις / ὥριος. Εὐρεῖαί μοι ἀρέσκοιεν τότε νῆες, /εἰς ἄνεμον δὲ τὰ πηδὰ κυβερνητῆρες ἔχοιεν.)
    14. La Chèvre et ses chevraux
    15. Le Taureau
      1. comprend les Hyades
    16. Céphée
    17. Cassiopée (épouse de Céphée)
    18. Andromède (fille de Céphée et Cassiopée)
    19. Le Cheval, assimilé à Pégase
    20. Le Bélier
    21. Le Delta
    22. Les Poissons
      1. Contient une étoile appelée « Le Nœud céleste »
    23. Persée (fiancé d’Andromède)
    24. Les Pléiades (dites « étoiles aux sept voies », bien que six seulement en soient visibles.
    25. La Lyre (en forme de tortue : rappelle l’instrument inventé par Hermès
    26. L’Oiseau, aujourd’hui le Cygne
    27. Le Verseau
    28. Le Capricorne, indiquant aux navigateurs que la mer est trop dangereuse.
    29. L’Arc
    30. Le Sagittaire
    31. Le Scorpion
    32. La Flèche
    33. L’Aigle
    34. Le Dauphin (v. 316-318)

Voici ce que dit Aratos des Pléiades, si chères à Hésiode (v. 254-268) :

Ἄγχι δέ οἱ σκαιῆς ἐπιγουνίδος ἤλιθα πᾶσαι.
Πληιάδες φορέονται. Ὁ δ´ οὐ μάλα πολλὸς ἁπάσας             255
χῶρος ἔχει, καὶ δ´ αὐταὶ ἐπισκέψασθαι ἀφαυραί.

Ἑπτάποροι δὴ ταίγε μετ´ ἀνθρώπους ὑδέονται,
ἓξ οἶαί περ ἐοῦσαι ἐπόψιαι ὀφθαλμοῖσιν.
Οὐ μέν πως ἀπόλωλεν ἀπευθὴς ἐκ Διὸς ἀστήρ,
ἐξ οὗ καὶ γενεῆθεν ἀκούομεν, ἀλλὰ μάλ´ αὕτως                    260
εἴρεται· ἑπτὰ δ´ ἐκεῖναι ἐπιρρήδην καλέονται

Ἀλκυόνη Μερόπη τε Κελαινώ τ´ Ἠλέκτρη τε
καὶ Στερόπη καὶ Τηϋγέτη καὶ πότνια Μαῖα.
Αἱ μὲν ὁμῶς ὀλίγαι καὶ ἀφεγγέες, ἀλλ´ ὀνομασταὶ
ἦρι καὶ ἑσπέριαι, Ζεὺς δ´ αἴτιος, εἱλίσσονται,                         265
ὅ σφισι καὶ θέρεος καὶ χείματος ἀρχομένοιο

σημαίνειν ἐπένευσεν ἐπερχομένου τ´ ἀρότοιο.
Près de son genou gauche, toutes les Pléiades sont vainement emportées. Un espace pas bien grand les contient toutes, et elles sont peu apparentes. Ces sept étoiles cependant sont célébrées parmi les hommes, bien qu’elles ne soient que six à nos yeux. Jamais une étoile inconnue n’a été perdue par Zeus, de qui nous connaissons depuis la naissance, et nous le savons ainsi ; mais ces sept étoiles sont appelées nommément Alcyone, Mérope, Celaeno, Électre, Stéropé et Taygète, et la vénérable Maia. Elles sont pourtant petites et sans éclat, mais elles passent, célèbres, le matin et le soir, sur l’ordre de Zeus, qui leur a fait signe d’indiquer le commencement de l’été et de l’hiver, et l’approche du labour.

Aratos se fait ici le continuateur d’une tradition qui remonte à Hésiode – et probablement avant. La constellation des Pléiades est particulièrement importante dans une société rurale : leur lever correspond au début de l’été, leur coucher au début de l’hiver, c’est-à-dire le moment très important des semailles. Le labour dont il est question est celui qui suit immédiatement les semailles, pour recouvrir les graines.

Ce texte a été traduit très exactement par Cicéron ainsi que par Germanicus.

Constellations australes, ainsi définies (v. 320-321) :

« τὰ δὲ νειόθι τέλλεται ἄλλα
πολλὰ μεταξὺ νότοιο καὶ ἠελίοιο κελεύθου. »
« Celles-là, nombreuses, se lèvent sous le Notos et la route du Soleil. »

Il ne s’agit évidemment pas du ciel austral, tel que nous l’entendons aujourd’hui : Aratos ne pouvait connaître l’hémisphère sud. Il s’agit de constellations situées plus bas, proches donc du Sud de l’hémisphère nord… Le Notos est en effet un vent du Sud, annonciateur de pluie.

35. Orion
36. Le Chien
Contient l’étoile Sirius, associée à la Canicule
37. Le Lièvre
38. Argo, poupe en avant « comme lorsqu’un navire stationne au port »
39. Le Monstre marin, qui s’attaque à Andromède, pour nous la Baleine
40. Le Fleuve, aujourd’hui appelé Éridan, autrement dit le Pô
Près du Fleuve, de nombreuses étoiles anonymes : lorsqu’elles n’étaient pas incluses dans une constellation, les étoiles n’avaient pas de nom.
41. Le Poisson austral
42. L’Eau
43. L’Autel
44. Le Centaure
45. L’Hydre
46. Le Cratère
47. Le Corbeau
48. Procyon, étoile la plus brillante de la constellation du Petit Chien ; pour Aratos, c’est peut-être une étoile isolée ; son nom Προκύων, « avant le chien », indique qu’elle précède le lever héliaque du Chien. Nous sommes au vers 450.

  • La description des constellations, v. 451-739 : les quatre cercles et les mouvements des constellations

À partir du v. 451, Aratos aborde les cercles sur lesquels sont fixés les étoiles et les constellations, et qui tournent autour de la terre. Ils sont au nombre de 4 : l’Équateur, les deux tropiques, du Cancer et du Capricorne, et le « Cercle des Figures », le Zodiaque – qui se confond avec ce que nous appelons aujourd’hui l’écliptique : la course du Soleil.

Il « évacue » rapidement les 5 planètes (Jupiter, Mars, Saturne, Vénus, Mercure, mais Aratos ne les nomme pas) : il ne se déclare pas compétent à ce sujet ; elles n’entrent pas dans son projet, car leur course est trop aléatoire pour qu’on puisse y déceler les messages de Zeus aux hommes. (v. 454-460).

Aratos aborde ensuite les cercles sur lesquels les « fixes » se tiennent ; pour lui, ils ne semblent pas être des constructions abstraites et conventionnelles, mais des réalités matérielles, que l’on peut voir en observant les étoiles et la voie lactée.

Enfin, il complète sa description par la partie la plus difficile et la plus problématique de son œuvre : le mouvement des différents cercles, le synchronisme des levers et des couchers des constellations, et donc les coordonnées de celles-ci. En effet, un phénomène encore inconnu à l’époque d’Aratos, mais probablement découvert par Hipparque, ou à l’époque de celui-ci, la précession des équinoxes, modifie d’environ 1,4° par siècle le « point vernal », c’est-à-dire le point où le Soleil paraît traverser l’équinoxe céleste du  Sud au Nord. Il faut ajouter le fait que les levers et couchers diffèrent selon la latitude : ils ne sont pas tout à fait les mêmes à Pella et à Athènes… Il en résulte que les données sur lesquelles s’appuyait Aratos étaient déjà fausses au IVe s. av. J-C, et que sa description du ciel ne provenait pas d’une observation directe et personnelle, mais d’une compilation de ses sources, livresques ou sous la forme d’une sphère. Si l’on en croit J. Martin (Introduction aux Phénomènes d’Aratos, p. XCII), les données d’Aratos correspondraient, si on les prend au pied de la lettre,

« à une époque située entre 1040 et 960 avant notre ère, sous une latitude comprise entre 32° et 33° 40′ (Babylone) »

Mais il ajoute aussitôt que

« le poète n’a pour objet ni de donner une hauteur précise du pôle […] ni de dire exactement par quelles étoiles passent les cercles ».

Cela renvoie à la question de savoir si Aratos était un véritable astronome, qui se fondait sur des observations personnelles, ou simplement, comme l’affirme Cicéron, un poète qui a « mis en vers » les découvertes d’autrui, en particulier Eudoxe, sans être lui-même complètement au fait des phénomènes qu’il décrivait.

  • Un exemple de synchronisme : Le lever de Scorpion et le coucher d’Orion (v. 634-646)

Καμπαὶ δ´ ἂν Ποταμοῖο καὶ αὐτίκ´ ἐπερχομένοιο
Σκορπίου ἐμπίπτοιεν ἐϋρρόου ὠκεανοῖο·                           635
ὃς καὶ ἐπερχόμενος φοβέει μέγαν Ὠρίωνα.
Ἄρτεμις ἱλήκοι· προτέρων λόγος, οἵ μιν ἔφαντο
ἑλκῆσαι πέπλοιο, Χίῳ ὅτε θηρία πάντα
καρτερὸς Ὠρίων στιβαρῇ ἐπέκοπτε κορύνῃ,
θήρης ἀρνύμενος κείνῳ χάριν Οἰνοπίωνι.                           640
Ἡ δέ οἱ ἐξαυτῆς ἐπετείλατο θηρίον ἄλλο,
νήσου ἀναρρήξασα μέσας ἑκάτερθε κολώνας,
σκορπίον, ὅς ῥά μιν οὖτα καὶ ἔκτανε πολλὸν ἐόντα
πλειότερος προφανείς, ἐπεὶ Ἄρτεμιν ἤκαχεν αὐτήν.
Τοὔνεκα δὴ καί φασι περαιόθεν ἐρχομένοιο                      645
Σκορπίου Ὠρίωνα περὶ χθονὸς ἔσχατα φεύγειν.

Les méandres du Fleuve, dès la venue du Scorpion, tombent sur l’Océan au vaste cours ; il effraie par sa venue le grand Orion. Qu’Artémis nous soit propice ! Selon la légende des anciens, dans Chios, alors que le fort Orion frappait toutes les bêtes sauvages avec une puissante massue, cherchant à atteindre en faveur d’Œnopion une bête, il avait tiré la déesse par son voile. Sur-le-champ, elle lui envoya un autre animal, après avoir fendu en deux les collines au milieu de l’île, un très gros Scorpion qui le mordit et le tua, parce qu’il s’était montré trop hardi, ayant insulté Artémis. C’est pourquoi, dit-on, à l’arrivée du Scorpion, Orion s’enfuit du côté opposé, à l’extrémité de la terre.

Ce texte, relativement court, décrit un fait établi : quand le Scorpion apparaît, la constellation d’Orion disparaît. Aratos reprend alors l’explication mythographique traditionnelle : le Scorpion est le monstre qu’Artémis, outragée par le géant chasseur – peut-être involontairement – fit surgir des entrailles de la terre pour le tuer. Les étoiles conservent le souvenir de l’effroi éprouvé par Orion…

Ce récit a fait l’objet d’une amplification chez les traducteurs d’Aratos : Cicéron, Germanicus et Aviénus.

Un phénomène d’édition

Le poème d’Aratos connut une fortune exceptionnelle ; il aurait été le plus lu dans l’Antiquité après l’Iliade et l’Odyssée. Les noms d’étoiles encore utilisés de nos jours sont ceux qu’il a donnés – même s’il ne les a pas inventés.

Il fut très vite glosé, et commenté, voire critiqué : le célèbre astronome Hipparque (190-120 av. J-C) ne nous était connu, jusqu’en 2022, que par son Commentaire sur les Phénomènes d’Eudoxe et d’Aratos, dans lequel il critiquait vertement notre poète, contribuant ainsi, sans le vouloir, à sa gloire. D’autres auteurs, comme Geminos de Rhodes (Ier s. av. J-C) publièrent des commentaires, comme plus tard Achille Tatius.

Il fut traduit par Cicéron, puis par Germanicus (15 av. J-C – 19 apr. J-C) et enfin Aviénus (IVe s. apr. J-C) ; il influença les poètes Manilius et Virgile… Lucien de Samosate le cite, tout comme Paul de Tarse.

Bibliographie