
Louis XV par Quentin de la Tour
Caractéristiques générales
Différences d’intérêt et d’esprit entre le XVIIe siècle et le XVIIIe. À consulter : La Crise de la conscience européenne de Paul Hazard.
- Au 17e siècle, stabilité, souci de rester immobile ; on se concentre sur les grands problèmes : étude psychologique de l’homme (tragédie, comédie, roman etc.) questions morales : ne pas se disperser, ne pas être curieux…on ne voyage pas : on a un peu peur de l’espace. Deux historiographes, Racine et Boileau n’ont jamais quitté la région parisienne.
Au 18e siècle, voyages, curiosité, thème du voyageur, de l’étranger. Il y a donc eu alternance selon les siècles de l’aventure (16e, 18e siècles) et du recueillement (17e siècle). - 17e siècle, l’ordre règne : on évite les sujets d’inquiétude, notamment la politique. On respecte l’ordre, l’autorité, les dogmes.
Le 18e siècle, lui, est un siècle d’irrespect. On remet en question les deux piliers de la société : la Monarchie de Droit Divin, et la Religion.
« Le philosophe n’admet rien sans preuves, il n’acquiesce pas à des notions douteuses, pose exactement les limites du certain, du probable, et du doute. » dit l’Encyclopédie.
Cette définition pourrait s’appliquer à l’homme de sciences. C’est le règne de la Raison, de l’Expérience, de l’Esprit critique. Influence de Descartes et de Locke.
Cela entraîne une révolution dans la littérature : au lieu de « l’Homme Eternel », on s’intéresse aux questions sociales. Cette révolution intellectuelle prépare la Révolution.
Les précurseurs : années de transition, 1680-1715
L’Europe passe par une crise de conscience. Dès la fin du 17e siècle, on pressent une évolution :
« Nous avons eu des contemporains sous le règne de Louis XIV », disait Diderot.
Ex : La Bruyère et Fénelon, de même que les Libertins dont certains, comme Saint-Evremont, se sont exilés en Angleterre : incroyance, goût d’une vie libre, refus des dogmes et liberté des sens s’exprimaient dans l’entourage de Ninon de Lenclos et de La Fontaine. Certains philosophes ou même religieux préparent le siècle suivant ; Spinoza publie en 1670 son Traité théologico-politique qui critique la Bible, et définit la monarchie comme « l’art de tromper les hommes au profit d’un despote« . Il fut considéré comme le Destructeur, le Maudit… Richard Simon publie l’Histoire critique de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui met en doute l’authenticité des Écritures. Bossuet apprit l’Hébreu pour réfuter Simon. D’autres écrivains encore appartiennent à cette première génération : La Bruyère, Bayle, Fontenelle, Fénelon.
Le XVIIIe s. avant la Révolution

Voltaire par Quentin de la Tour (1737) – domaine public
Une critique universelle
- Le Burlesque : thème du « voyageur naïf, l’étranger découvrant les coutumes françaises : Lettres Persanes, Lettres d’une Péruvienne, Supplément au Voyage de Bougainville, L’Ingénu…
– Les utopies : Swift, Voltaire.
– Une critique plus directe : 1775 : Le Barbier de Séville
1784 : Le Mariage de Figaro.
Le Bonheur, « une idée neuve en Europe »
- Bonheur terrestre
- Bonheur social = critique de l’ordre existant.
Le règne de la Raison
La raison a le droit et le devoir de tout examiner. La clarté, l’absence de contradiction sont les critères du vrai.
- refus de toute religion révélée
- équivalence de toutes les religions existantes. CF Voltaire, Lettres Anglaises (1734) : liberté des Sectes, indifférence des religions.
- Violent conflit entre l’église et les Philosophes.
- Lutte des Jansénistes et des Jésuites ; les jansénistes sont vaincus ; mais le 18 novembre 1764, les Jésuites sont expulsés : victoire de l’esprit séculier.
Découverte et amour de la Nature

Jean-Jacques Rousseau par Maurice Quentin de La Tour [Public domain], via Wikimedia Commons
- Religion naturelle : « pas d’horloge sans horloger » (Voltaire)
- pas de rite, un élan de l’âme. (cf. la « Confession d’un vicaire savoyard » de Rousseau).
Le XVIIIe siècle a été dans son ensemble plus déiste qu’athée.
- pas de rite, un élan de l’âme. (cf. la « Confession d’un vicaire savoyard » de Rousseau).
- Sciences de la Nature : redécouverte de Newton, progrès de la biologie, de la médecine, de la physique, des sciences naturelles. Grandes découvertes scientifiques.
- Droit naturel = conforme à l’essence de l’homme, naturellement bon mais corrompu par la société (Rousseau) ; désir de rationaliser le droit, contre les contradictions des coutumes de l’Ancien Régime.
- 1748 : Montesquieu, L’Esprit des Lois.
On exige des réformes : abolition de l’esclavage (qui ne sera définitivement acquise qu’en 1848…), lutte contre l’Inquisition, la torture, l’absurdité des lois, l’arbitraire, le régime des prisons…
Notion de Droits de l’homme.
- Morale naturelle : Refus du héros, du grand homme.
L’homme par instinct et par raison cherche le bonheur : le méchant se trompe (cf notion grecque du « kakos », à la fois méchant et malheureux). La morale doit se fonder sur ces qualités positives : réhabilitation du plaisir.
Réflexion sur les institutions
- la notion de « droit divin » est contraire à la raison ;
- Être libre, c’est obéir à des lois librement consenties ;
- Notion de « contrat social » (cf. le Contrat social de Rousseau), recherche de séparation et d’équilibre des pouvoirs.
Réflexion sur l’éducation
Elle doit être adaptée au monde moderne :
- elle doit être globale (morale, intellectuelle, physique, manuelle…)
- elle doit respecter l’enfant et ses rythmes naturels : elle sera donc progressive ;
- elle refuse la violence, les châtiments corporels.
L’Encyclopédie (1751-1766)
Elle veut faire l’inventaire du connu. La Théologie y occupe une place réduite : l’esprit est essentiellement scientifique et technique.
- 1751-1757 : tomes 1 à 7 ;
- 1759 : interdiction ;
- 1765-1766 : impression et vente des derniers volumes (8 à 17).
La plupart des Philosophes ont participé à cette œuvre colossale.
Art et littérature
- Poids très lourd du classicisme, de l’imitation, surtout au théâtre (cf. les tragédies de Voltaire) ;
- une littérature de l’intelligence, qui analyse les sentiments (Marivaux, Goldoni, Laclos…)
- Une Histoire qui devient scientifique, s’intéressant aux civilisations (Voltaire)
- Une curiosité universelle ;
- L’optimisme, du moins jusqu’au tremblement de terre de Lisbonne (1755) qui lui apporte un sérieux démenti (Candide date de 1759) ;
- L’idée de « despote éclairé » (Catherine II de Russie, Frédéric II de Prusse) ;
- L’idée de Nation, et aussi de « Société des Nations ».