Françoise de Graffigny (1695-1758)

Portrait présumé de Françoise de Graffigny en 1750, par Victorine-Angélique-Amélie Rumilly

Biographie

  • Françoise de Graffigny, née Françoise d’Issembourg du Buisson d’Happoncourt, naquit en 1695 dans le Duché de Lorraine, qui n’est pas encore français – il le deviendra en 1738, par le traité de Vienne.
  • En 1712, elle est mariée à M. de Graffigny, un homme violent, joueur et alcoolique, dont elle se sépare en 1718. Elle en eut cependant 3 anfants. Elle devient veuve, et indépendante, en 1725, à l’âge de 30 ans. Elle vit à la cour de Lorraine, séjourne parfois à Cirey, chez Voltaire, et chez Émilie du Châtelet, compagne de celui-ci.
  • En 1739, elle se fâche avec Mme du Châtelet, et va habiter Paris. Elle y vit difficilement faute de moyens, mais fréquente le milieu littéraire, notamment Diderot, Rousseau ou Marivaux. Elle compose de nombreux ouvrages, notamment pour le théâtres, aujourd’hui disparus.
  • En 1747, les Lettres d’une Péruvienne, publiées anonymement, connaissent un grand succès : elle reçoit une pension de l’Empereur d’Autriche François Ier, futur père de Marie-Antoinette (née en 1755).
  • En 1750, sa pièce Cénie est jouée à la Comédie Française : c’est un triomphe, qui la met définitivement à l’abri du besoin ; c’est aussi sa dernière œuvre à avoir du succès.
  • Elle meurt en 1758, à l’âge de 63 ans.

Les Lettres d’une Péruvienne (1747)

Compléments

Composition du roman

Le roman est composé d’un Avertissement, d’une Introduction historique, et de 41 lettres écrites par la Péruvienne Zilia, une Inca. Ces lettres sont présentées comme authentiques, traduites par elle-même et confiées à un ami, le chevalier Déterville. Elles sont adressées à Aza, son frère et fiancé (l’interdit de l’inceste n’existe pas chez les Incas, du moins dans la famille royale).

  • Lettre 1 : prise de Cuzco, au Pérou, par les Espagnols ; Zilia, princesse Inca (la narratrice) est kidnappée. Cet événement a eu lieu en réalité en 1537 ; mais l’autrice le transpose au XVIIIe s.
  • Lettres 2 à 4 : Zilia est réduite en esclavage par les Espagnols.
  • Lettres 5 à 9 : d’abord embarquée sur un navire espagnol, Zilia est capturée par un navire français ; elle fait la connaissance de Déterville.
  • Lettres 10 à 12 : Zilia est débarquée à Marseille, puis emmenée à Paris en carrosse ; elle est habillée à la française, apprend quelques mots auprès de Déterville, et observe la nature.
  • Lettres 13 à 17 : séjour à Paris, chez la mère de Déterville, qui la méprise. Elle fait la connaissance de Céline, sœur de Déterville ; elle est objet de curiosité (et d’une agression) de la part des Français qui fréquentent la famille ; elle découvre la culture française, et commence à apprendre l’écriture.
  • Lettre 18 : six mois ont passé. Zilia maîtrise à présent l’écriture.
  • Lettres 19 à 22 : Zilia et Céline sont mises au couvent, Déterville est parti à la guerre. Zilia découvre la religion chrétienne – et l’interdit de l’inceste : son amour pour son frère Aza est considéré comme sacrilège.
  • Lettres 23 à 27 : retour à Paris. Déterville revient de la guerre, et avoue à Zilia qu’il l’aime ; mais elle reste fidèle à Aza. La mère de Céline et Déterville meurt.
  • Lettres 28 à 31 : Céline se marie dans sa maison de campagne ; Zilia commence à douter de la fidélité d’Aza.
  • Lettres 32 à 35 : Zilia réside d’abord dans la maison de Céline et de son mari ; puis dans une maison de campagne très riche, et qui lui appartient : elle a été achetée avec la vente du trône d’or du Temple du Soleil.
  • Lettres 36 à 41 : Aza arrive enfin à Paris ; mais il s’est converti au catholicisme, et s’apprête à épouser une Espagnole. Zilia, désespérée, refuse la main de Déterville et se retire dans sa maison de campagne.

La culture Inca dans le roman