7 - Version

Suite du texte de Tite-Live : l'humiliation des Fourches caudines

"Passer sous les fourches caudines..."Informations[1]

Hora fatalis ignominiae aduenit, omnia tristiora experiendo factura quam quae praeceperant animis. Iam primum cum singulis uestimentis1 inermes extra uallum exire iussi2 ; et primi traditi obsides atque in custodiam abducti. Tum a consulibus abire lictores iussi paludamentaque detracta ; tantam (id) inter eos qui paulo ante {eos} exsecrantes dedendos lacerandosque censuerant miserationem fecit, ut3 suae quisque condicionis oblitus ab illa deformatione tantae maiestatis uelut ab nefando spectaculo auerteret oculos.

Primi consules prope seminudi sub iugum missi4 ; tum ut quisque gradu proximus erat, ita ignominiae obiectus ; tum deinceps singulae legiones. Circumstabant armati hostes, exprobrantes eludentesque ; gladii etiam plerisque intentati, et uulnerati quidam necatique, si uoltus eorum indignitate rerum acrior uictorem offendisset5. Ita traducti sub iugum et quod paene grauius erat6 per hostium oculos, cum e saltu euasissent, etsi7 uelut ab inferis extracti tum primum lucem aspicere uisi sunt, tamen ipsa lux ita deforme intuentibus agmen omni morte tristior fuit8.

Tite-Live, Ab Urbe condita, IX, 5 - IX, 6, 1-3

Question

En vous aidant des outils à votre disposition, traduisez le texte ci-dessus.

Indice

  1. cum singulis uestimentis : "avec un seul vêtement". Le pluriel s'explique par le fait qu'en latin, on privilégie le fait qu'il y a plusieurs soldats, donc plusieurs vêtements ; "singulus" s'emploie ici pour indiquer qu'un seul vêtement est autorisé à chaque soldat.

  2. iussi (sunt) : ils reçurent l'ordre

  3. Construire :

    • tantam... miserationem id fecit ut... : cela provoqua une si grande pitié... que...

    • inter eos qui paulo ante... (eos) exsecrantes..censuerant : "parmi ceux qui, peu auparavant, les maudissant, avait pensé..." ; dans eos exsecrantes, eos renvoie aux officiers, que les soldats rendent, à juste titre, responsables du désastre.

    • (eos) dedendos et lacerandos (esse) : qu'ils devaient être sacrifiés et mis en pièces.

  4. missi (sunt)

  5. si... offendisset : on aurait attendu un plus-que-parfait de l'indicatif, puisqu'il ne s'agit pas ici d'un irréel du passé, mais d'un "si" causal ; mais Tite-Live introduit ici une modalité ; on peut traduire par "sous prétexte que son visage... avait offensé le vainqueur".

  6. quod paene grauius erat introduit ici un commentaire de l'auteur : "ce qui était presque plus grave".

  7. etsi... aspicere uisi sunt : "même s'il parurent voir..."

  8. Construire :

    • tamen ipsa lux tristior fuit... : principale

    • omni morte : complément du comparatif "tristior" ;

    • intuentibus ita deforme agmen :

      • "intuentibus" est un datif, COI de "lux tristior fuit" → "pour ceux qui regardaient..."

      • ita deforme agmen : COD de "intuentibus".

Solution

Arriva l'heure fatale de la honte ; tout allait être plus atroce à expérimenter que ce qu'ils s'étaient figuré auparavant. D'abord ils reçurent l'ordre de sortir de leurs retranchements, sans armes et avec un seul vêtement : les otages furent livrés les premiers, et conduits en prison. Alors on ordonna aux licteurs de quitter les consuls et on ôta à ceux-ci leur manteau ; cela provoqua, chez ceux-là même qui, peu de temps avant, les maudissaient,et avaient pensé qu'ils devaient être sacrifiés et mis en pièces, une telle pitié que chacun, oubliant son propre malheur, détourna ses regards de la dégradation d'une si grande majesté, comme d'un spectacle impie.

Les consuls, presque à moitié nus, furent envoyés les premiers sous le joug ; puis chacun, suivant son grade, subit à son tour cette ignominie ; ensuite chaque légion l'une après l'autre. Les ennemis, armés, entouraient les Romains, en les insultant et se moquant d'eux ; ils levaient même l'épée contre la plupart, et plusieurs furent blessés ou tués, sous prétexte que leur visage, trop furieux de l'indignité de la situation, avait offensé le vainqueur. Ainsi menés sous le joug, et, ce qui était presque plus grave, sous les yeux des ennemis, lorsqu'ils furent sortis du défilé, comme arrachés des enfers, ils semblèrent voir la lumière pour la première fois ; et pourtant, pour eux qui voyaient cette armée si humiliée, cette lumière même était plus triste que toute mort.

Remarque
Bertrand Cantat, À l'envers à l'endroit (4:05)Informations[2]

Pour l'anecdote : Bertrand Cantat utilise l'expression "passer sous les fourches caudines" dans la chanson de Noir Désir intitulée "À l'endroit, à l'envers".