Texte d'étude et traduction

Les colons phocéens arrivent sur le site de Marseille

Le port antique de Marseille, reconstitution au Musée d'histoire de Marseille.Informations[1]

Nous sommes à la toute fin du VIIème siècle av. J-C ; en butte aux menaces de ses voisins, la cité d'Asie Mineure Phocée envoie des colons en Méditerranée occidentale, afin d'y trouver un refuge pour des familles exilées. Ceux-ci arrivent dans la petite calanque du Lacydon, qui deviendra le site du vieux port de Marseille...

Temporibus Tarquinii regis1 ex Asia Phocaeensium iuuentus ostio Tiberis inuecta amicitiam cum Romanis iunxit ; inde in ultimos Galliae sinus2 nauibus profecta Massiliam inter Ligures et feras gentes Gallorum condidit, magnasque res, siue dum armis se aduersus Gallicam feritatem tuentur siue dum ultro lacessunt, a quibus fuerant antea lacessiti, gesserunt. Namque Phocaeenses exiguitate ac macie terrae coacti studiosius mare quam terras exercuere3 : piscando mercandoque, plerumque etiam latrocinio maris, quod illis temporibus gloriae habebatur4, uitam tolerabant. Itaque in ultimam Oceani oram procedere ausi in sinum Gallicum ostio Rhodani amnis deuenere5, cuius loci amoenitate capti, reuersi domum referentes quae uiderant, plures sollicitauere. Duces classis Simos et Protis fuere. Itaque regem Segobrigiorum6, Nannum nomine, in cuius finibus urbem condere gestiebant, amicitiam petentes conueniunt.

Justin, "Histoire universelle", XLIII, 4-8.

Écoutez la lecture du texte :

L'arrivée des colons phocéens à Marseille (1:22)
Informations[2]

Éclaircissements linguistiques ou historiques

  1. "sous le roi Tarquin" : il s'agit de Tarquin l'ancien (616-579 av. J-C) ; la fondation de Marseille date effectivement d'environ 600 av. J-C.

  2. In ultimos Galliae sinus : "sinus" désigne un pli, une sinuosité → d'où un golfe, une anse, une baie... Ici, il s'agit de l'extrémité Est du golfe du lion.

  3. Exercuere = exercuerunt. Mot à mot : "ils travaillèrent avec plus d'ardeur la mer que la terre → ils furent plus marins que paysans.

  4. gloriae habebatur : était tenue pour glorieuse (construction particulière du datif avec le verbe habere).

  5. deuenere = deuenerunt. On notera que Justin privilégie systématiquement la 3ème pers. du pl. du parfait en -ere : cf. plus haut "exercuere", et plus bas sollicitauere, fuere...

  6. Segobrigiorum : les Ségobriges étaient l'une de ces "feras gentes Gallorum" dont il a été question au début du texte.

Traduction du texte

À l'époque de Tarquin, de jeunes Phocéens venus d'Asie abordèrent à l'embouchure du Tibre, et firent alliance avec les Romains ; puis, partis avec leurs vaisseaux vers l'extrémité du golfe de la Gaule, ils fondèrent Marseille, entre la Ligurie et les farouches nations des Gaulois et ils accomplirent de grands exploits, soit en se défendant par les armes contre la férocité gauloise, soit en attaquant à leur tour ceux qui les avaient attaqués. Et en effet, contraints par l'exiguïté et l'aridité de leur terre, les Phocéens étaient plus marins que paysans ; ils gagnaient leur vie en se livrant à la pêche, au commerce, souvent même à la piraterie, qui alors était en honneur. C'est pourquoi, ayant osé s'avancer jusqu'à l'ultime limite de l'Océan, ils parvinrent dans le golfe de Gaule à l'embouchure du Rhône, et charmés par l'agrément de ces lieux, en rapportant à leur retour ce qu'ils avaient vu, ils incitèrent de plus nombreux à s'y rendre. Les chefs de la flotte furent Simos et Protis. C'est pourquoi ils viennent trouver le roi des Ségobriges, du nom de Nannus, sur le territoire duquel ils souhaitaient fonder une ville, en lui demandant son amitié.

Complément

  • Justin, historien du IIIème ou du IVème siècle ap. J-C, a résumé l'œuvre de l'historien augustéen Trogue Pompée, aujourd'hui perdue.

  • Sur la colonisation grecque, voir ici.