SALLUSTE (86-35 avant j-c): Biographie.

Caïus Sallustius Crispus est né en Sabine, à Amiternum, en 86 avant J-C. Il était donc sabin ; Amiternum avait été prise par les romains en 293 av. J-C. Il appartint un temps à la secte néo-pythagoricienne de Nigidius Figulus – qui fut aussi conseiller de Cicéron ; inquiété pour cela, il subit deux procès ruineux, qui contraignirent son père à vendre sa maison. Politicien malheureux, il fut questeur en 55, et donc assistant des consuls Pompée et Crassus (élus pour la 2ème fois), puis tribun du peuple en 52. Célèbre par ses attaques contre Cicéron, il fut exclu du Sénat en 50, pour immoralité (il avait eu une aventure avec Fausta, la femme de Milon ; celui-ci se venge, quelques années plus tard, entre autres parce que Salluste, tribun de la plèbe, avait pris fait et cause pour Clodius, et incité le peuple à le venger après son assassinat). Il y rentra en 48 grâce à l’appui de Jules César, et obtint en 46 le proconsulat de l’Africa Nova (ex Numidie) d’où il revint possesseur d’une immense fortune, et n’échappa à un procès pour concussion que grâce à l’appui de César. Il se retira de la vie active en 44, à l’âge de 42 ans, après la mort de César, et se consacra à l’histoire, dans sa villa célèbre pour ses jardins. Ceux-ci couvraient toute la partie est du Pincio, ainsi que le versant sud, et la vallée comprise entre le Pincio et le Quirinal. Un ruisseau les traversait dans toute sa longueur.

A la fin de sa vie, il épousa Terentia, l’épouse répudiée par Cicéron après 30 ans de vie commune, et qui avait près de soixante ans.

On connaît de lui deux œuvres importantes :

Il nous reste aussi quelques fragments (quatre discours et deux lettres) des Histoires, parues après l’année 39, et qui racontaient la lutte contre Sylla et le relèvement du parti démocratique, de 78 à 67 av. J-C.


SALLUSTE, CONJURATION DE CATILINA.

INTRODUCTION HISTORIQUE

146 av. J-C : prise de Carthage par Scipion Emilien

133 : prise de Numance. La Gaule méridionale devient Provincia Romana, d’où un afflux de blé qui ruine les paysans romains. Les chevaliers et les sénateurs s’enrichissent, les uns en pillant les provinces, les autres en usurpant l’Ager publicus. Tiberius et Caïus Gracchus proposent des lois agraires et frumentaires : en 133, Tiberius est assassiné.

121 : assassinat de Caïus Gracchus.

121-109 : Le gouvernement est aux mains des propriétaires fonciers, « optimates », qui s’opposent au parti populaire. Sylla, qui appartient aux premiers, mène la guerre sociale ; Marius est le chef du parti populaire.

108 : naissance de Catilina

107 : consulat de Marius, qui réforme l’armée, termine la guerre contre Jugurtha, les Cimbres… Sylla, lui, fait la guerre contre Mithridate.

Catilina grandit sous le gouvernement populaire de Marius, qu’il admire.

88 : Sylla est consul : proscriptions contre les Marianistes.

83 : Au retour de Sylla, Catilina, qui a 25 ans, veut se concilier les grâces des vainqueurs : On prétend qu'il a tué un marianiste, parent de Cicéron - mais, poursuivi quelques années plus tard pour ce meurtre, il sera acquitté.

79 : abdication de Sylla

70 : Consulat de Crassus, vainqueur de Spartacus, et de Pompée, vainqueur des Marianistes, des pirates et futur vainqueur de Mithridate (66).

67 : Catilina se livre au cursus honorum : prêteur, puis propréteur en Afrique, il est accusé de concussion ; il ne peut se présenter aux élections consulaires de 66.

1er janvier 65 : 1ère conjuration :Catilina veut tuer les deux consuls élus ; échec

5 février 65 : seconde tentative, mais César ne donne pas le signal convenu ; nouvel échec.
En réalité, la participation de Catilina à cette première conjuration n'est pas absolument certaine ; en tous cas, il ne semble pas en avoir été le chef.

Printemps 65 : procès des proscripteurs. Catilina est absous, mais le peuple est scandalisé par son acte. Il ne peut donc se présenter aux élections consulaires de 65

64 : Catilina peut enfin être candidat, avec Cicéron et Antoine. Cicéron et Antoine sont élus, soutenus par les chevaliers et les sénateurs. Antoine est neutralisé.

Juillet 64-octobre 63 : préparation de la 2ème conjuration ; Catilina lui-même s’occupe de Rome, tandis que Manlius tente de soulever l’Italie.

Octobre 63-janvier 62 : les candidats au consulat sont Silanus, Servius Sulpicius, Murena et Catilina.

À lire en complément du texte de Salluste :

COMPOSITION DE L’ŒUVRE :

  1. phase initiale de la conjuration (ch. XX-XXX)
  2. Fuite de Catilina (XXXI-XXXVI)
  3. Extermination du groupe romain des conjurés (XXXIX-LIII)
  4. épilogue : dernier combat et mort de Catilina (LIV-LXI)

Des chapitres XIV à XL, Catilina occupe le premier plan ;

Les chapitres XLI-L sont réservés à ses complices

Les chapitres LI-LIV sont focalisés sur César et Caton ;

Les derniers chapitres reviennent à Catilina.

>PRÉAMBULE (§ I-IV)

§ I

§ II

§ III

Une part d’autobiographie dans ce passage : cf. la biographie de Salluste, assez peu édifiante.

§ IV

Un préambule assez bref, de nature philosophique (une philosophie bien sommaire !), où l’on trouve :

PORTRAIT DE CATILINA (§ 5)

Attaque « in medias res » assez surprenante, par un gros plan sur le protagoniste ; contraire à la tradition annalistique.

Portrait d’un être excessif, mais fascinant, une « force de la nature »

Dès la 1ère phrase, antithèse marquée par un chiasme : magna vi // malo pravoque ; corporis // ingenio. À mettre en relation avec le préambule, qui montre la prééminence de l’esprit sur le corps : les qualités physiques ne sont rien, si elles sont au service d’une âme dépravée.

Reprise ensuite en chiasme ; d’abord les défauts moraux (énumération en boucle, discordia civilis renvoyant à belle intestina), puis les qualités physiques (ordre inverse de la 1ère phrase. Celles-ci servent de « faire valoir » aux défauts moraux qui prédisposent Catilina, dès l’adolescence, à être fauteur de guerre civile !

Un personnage trouble, marqué par les antithèses : varius animus, simulator / dissimulator ; adpetens / profusus ; satis / parum…

Mais surtout, un goût immodéré de la démesure : voir les nombreux superlatifs et intensifs : magna vi, supra quam cuiquam credibile est, vastus animus, immoderata, incredibilia, nimis alta (beau rythme ternaire, et qui rappelle la sagesse grecque : « rien de trop… »), libido maxuma, magis magisque, animus ferox…

Pour Salluste, les causes de la Conjuration sont uniquement morales : la rencontre d’une cité débauchée, et d’une personnalité prête à tout…

Pas un mot ici des conditions matérielles : crise du crédit, situation désespérée des vétérans subissant la spéculation foncière et souvent ruinés…

Excursus : comment Rome s’est corrompue. § VI-XIII

§ VI

§ VII

Une construction rigoureuse : deux paragraphes pour les vertus de l’ancienne Rome, un pour la Royauté, un pour la République, avec un effet de crescendo : traditionnelle déconsidération de la royauté. Vertus traditionnelles aussi : refus du luxe et de la débauche, vertus guerrières. Rome s’est toujours sentie proche de Sparte, au moins idéologiquement.

§ VIII

Allusion aux Athéniens, qui ont surtout eu la chance d’avoir de bons écrivains… Mépris du Romain traditionaliste à l’égard d’une cité policée et raffinée (l’hostilité à l’égard des Grecs est une constante, au moins autant que la fascination qu’ils exercent), et hommage discret à Thucydide, dont Salluste s’inspire en partie…

§ IX

Ces deux paragraphes constituent un tableau idéal de la République romaine, qui « oublie » bien des faits (les conflits entre la plèbe et les patriciens, p. ex…)

§ X

Tableau d’une décadence morale, due au goût du pouvoir et de l’argent. Ensemble très général, sans faits précis (sauf la destruction de Carthage en 146).

§ XI

Une hantise de l’esprit Romain : la perte de la virilité ! « avaritia […] animum virilem effeminat »…

è> goût de Salluste pour les allitérations : « neque modum neque modestiam victores habere, foeda crudeliaque in civis facinora facere ». Allitérations fondées sur des figures dérivatives : modus et modestia sont de même étymologie, comme facinus et facere.

§ XII

Construction de habere : considérer comme, tenir pour

Les verbes d’estime sont suivis du génitif, les verbes de prix de l’ablatif, sauf pour pluris, minoris, tanti quanti.

§ XIII

allusion probable à Lucullus ; cf. Horace, Odes, II, 15, ou Plutarque : « Près de Naples […] il suspendit des collines sur d’immenses fossés, fit entourer d’hippodromes marins et de viviers sa demeure, créa des palais en pleine mer. » Vie de Lucullus, 39.

LES COMPLICES DE CATILINA (XIV-XVII)

§ XIV

Similis peut avoir un complément soit au datif, soit au génitif : similis patri ou patris. On trouve d’ordinaire le génitif quand le complément est un pronom : similis nostri. Avec par, on trouve généralement atque : par atque, semblable à.

Après si, nisi, ne, num, on trouve quis au lieu de aliquis.

§ XV

Par souci de morale, Salluste n’est guère cohérent : comment un homme hanté par le sentiment de sa faute, hagard et extravagant, eût-il pu séduire autant de gens, y compris parmi les plus raisonnables ? Mais l’idée d’un criminel, heureux, à la conscience sereine, dérange évidemment… ==> comparer les deux portraits ; montrer que l’art du portrait est moins réaliste que conventionnel. Voir aussi portrait de Jugurtha, ou portrait de Catilina par Cicéron.

§ XVI

§ XVII : début de la conjuration.

En 64 av. J-C ; mais en réalité (erreur de Salluste), en 63 : voir l’introduction historique.

§ XVIII-XIX : un complot antérieur, celui de 65. (flash-back)

En réalité, c’est César qui aurait fait échouer cette première conjuration, en ne donnant pas le signal convenu. Quant à la participation de Catilina lui-même à cette première conjuration, elle ne semble pas absolument sûre ; en tous cas, il n'en aurait été ni le chef, ni l'instigateur...

Voir Suétone, Vie de César, ch. IX.

§ XX- XXI : discours de Catilina.

§ 21

§ 22 :

§ XXV : portrait de Sempronia

Sed in iis erat Sempronia, quae multa saepe uirilis audaciae facinora commiserat. Haec mulier genere atque forma, praeterea uiro liberis satis fortunata fuit; litteris Graecis Latinis docta, psallere et saltare elegantius quam necesse est probae, multa alia, quae instrumenta luxuriae sunt. Sed ei cariora semper omnia quam decus atque pudicitia fuit; pecuniae an famae minus parceret, haud facile discerneres; libido sic accensa, ut saepius peteret uiros quam peteretur. Sed ea saepe antehac fidem prodiderat, creditum abiurauerat, caedis conscia fuerat: luxuria atque inopia praeceps abierat. Verum ingenium eius haud absurdum: posse uersus facere, iocum mouere, sermone uti uel modesto uel molli uel procaci; prorsus multae facetiae multusque lepos inerat.

XXV. - Parmi toutes ces femmes, je citerai Sempronia, auteur de maints forfaits perpétrés avec une audace toute virile. Pour la famille et la beauté, comme pour son mari et ses enfants, la fortune l'avait bien traitée. Versée dans les lettres grecques et latines, elle chantait et dansait trop élégamment pour une honnête femme, et elle avait bien d'autres talents, vrais instruments de volupté. Mais toujours elle eut à coeur tout autre chose que l'honneur et la pudeur ; il est difficile de dire lequel pesait le moins pour elle, de son argent ou de sa réputation ; elle brûlait d'un tel feu qu'elle cherchait les hommes, plus qu'elle n'était recherchée par eux. Souvent, avant le moment où nous sommes, elle avait trahi sa foi, nié les dépôts qu'on lui avait confiés, joué son rôle dans des assassinats ; le luxe et le manque de ressources l'avaient jetée tête baissée dans l'abîme. Au demeurant, son esprit ne manquait pas de distinction ; elle savait faire des vers, manier la plaisanterie ; sa conversation était tantôt modeste, tantôt provocante et dévergondée ; enfin, c'était une femme extrêmement spirituelle et gracieuse.

Un portrait très ambigu, où la fascination pour l'esprit, l'intelligence, la séduction de Sempronia semble l'emporter sur la condamnation morale. Comme Clodia, un peu plus tard, Sempronia ne pouvait pas se fondre dans le rôle étroit où la société romaine cantonnait les femmes...

§ XXIX-XXXII : l’action de Cicéron.

§ XXIX

Il s’agit du « senatus consultum ultimum » qui donne les pleins pouvoirs aux consuls, ou à l’un d’entre eux. Mesure d’exception, limitée dans le temps.

Ante diem VI (sextum) Kalendas Novembris = le 26 octobre ; la lettre est lue au Sénat le 12ème jour, soit le 20 octobre.

§ XXXI

Le discours de Cicéron = la première Catilinaire, que Cicéron fera éditer en 60. « Quousque tandem, Catilina… »

Réponse de Catilina au style indirect libre.

Le style indirect :

Style direct

Style indirect

Indépendante à l’indicatif

Proposition infinitive

Interrogative

Interrogative indirecte (concordance des temps)

Injonctive à l’impératif

Subjonctif (concordance des temps)

Indépendante au subjonctif

Reste au subjonctif (concordance des temps)

Propositions subordonnées

Subordonnées au subjonctif

La concordance des temps :

Style direct

Style indirect

Présent ou futur dans la principale

Subj. Présent (simultanéité)

Subj. Parfait (antériorité)

Passé dans la principale

Subj. Imparfait (simultanéité)

Subj. Plus que parfait (antériorité)

§ XXXII

Certains verbes sont accompagnés de 2 datifs, l’un de destination ou de résultat (bello), l’autre d’intérêt. EX : mittere auxilio alicui ; esse auxilio alicui…

§ XXXIII-XXXIV

Une série de lettres : l’une au style direct, avec réponse au style indirect ; l’autre, celle de Catilina, en style indirect.

§ XXXVI-XXXIX : l’état de Rome et de l’opinion publique.

§ XXXIX-XLI : Une erreur de Lentulus : la proposition faite aux Allobroges.

§ XXXIX

§ XL

§ XLII

In ulteriore Gallia ou in citeriore Gallia ? En gaule transalpine (la Narbonnaise) ou en Gaule Cisalpine (la vallée du Pô) ? Le texte ici est incertain. Cicéron nous renseigne (Seconde Catilinaire, XII, 26) : « Quintus Metellus, quem ego (…) in agrum Gallicum Picenumque praemisi » : Q. Metellus que j’ai envoyé par avance sur le territoire gaulois et picénien. Le Picénum se trouvant en Italie, c’est donc bien de la Gaule Cisalpine qu’il est question pour Metellus Celer. En revanche, pour C. Murena, il faut en référer à un autre discours : dans le Pro Murena, c’est de la Gaule ultérieure (transalpine) qu’il est question pour Muréna.

An se in contrariam partem terrarum abdet, ut Gallia Transalpina, quem nuper summo cum imperio libentissime viderit, eundem lugentem, maerentem, exsulem videat? In ea porro provincia quo animo C. Murenam fratrem suum aspiciet? « ou bien se cachera-t-il dans la partie opposée de la terre, afin que la Gaule Transalpine, qui l’a vu récemment très volontiers avec l’imperium suprème, le reverra affligé, accablé, exilé ? Bien plus, dans cette province, dans quel état d’esprit C. Murena verra-t-il son frère ? »

Lucius Murena, consul désigné accusé de corruption électorale, était menacé d’exil ; Cicéron qui le défend imagine qu’il parte en Gaule… où se trouve son frère, Caïus Murena, qui y pourchasse d’éventuels complices de Catilina.

§ XLV-XLVIII : arrestation des conjurés et manœuvres de Cicéron contre Crassus.

§ LI : discours de César

Voir la biographie de César.

Les verbes impersonnels traduisent les phénomènes atmosphériques (ex : fulgurat), une évidence, une convenance, une nécessité (constat, decet, oportet) ou un événement (accidit). Ils sont suivis d’un infinitif ou d’une proposition infinitive, sauf les verbes d’événement (accidit ut…). Ils sont aussi employés pour exprimer certains sentiments : me piget, me paenitet…

Ex : me paenitet erroris mei ; furem paenitet furti sui.

Négation après non : neque. Après ne : neve ou neu

An employé seul = num (réponse négative)

Suus se rapporte au sujet ; sauf :

On emploie « ne » après les verbes de crainte ou d’empêchement lorsque le verbe de la principale est affirmatif. S’il est négatif, on emploie « quo minus » ou « quin ».

Discours de César :

- les Romains ont toujours su faire preuve de modération à l’égard de leurs ennemis : très habilement, César se place dans la tradition, fait référence aux ancêtres. (ce qui est, là encore, une manière de contre-emploi : César sera par la suite celui qui voudra réformer en profondeur le régime républicain...)

- Condamner les accusés à mort, ce serait céder à la haine ou à la peur

- C’est parfaitement illégal et supposerait une loi d’exception ;

- Or une loi d’exception finit toujours par se retourner contre ceux qui l’ont votée ; des Trente à Athènes aux proscriptions de Sylla, l’expérience est amère

- On peut mettre les accusés hors d’état de nuire sans les tuer.

Intelligence politique : il se concilie Cicéron, mais prépare la voie à une réconciliation nationale.

Au passage – et ce sera relevé par Caton – César se rallie au rationalisme de Lucrèce : la mort n’est rien, et il n’y a rien après la mort. Cela tendrait à confirmer une remarque de Claude Nicolet (Les idées politiques à Rome sous la République, Armand Colin, coll. "U", 1964, p. 73 (note)) selon laquelle la philosophie épicurienne aurait passé pour la philosophie "officielle" des Populares, de Catilina à César, donc, alors que le stoïcisme était la pensée tout aussi officielle des Optimates (Caton, Cicéron...)

Nicolet s'appuie sur le fait que Pison, adversaire de Cicéron, ami de Clodius et l'un des chefs du parti "Populaire" était un épicurien convaincu, dont la maison contenait toute la maison de Philodème de Gadara ; et aussi sur l'analyse politique de l'évolution des sociétés, dans le livre V du De Natura rerum, assez proche de celle de Salluste.

Mais l'on peut objecter que l'épicurisme n'est guère une pensée "politique" ou qui conduit à l'action politique : il prône au contraire le retrait, l'otium philosophique... Tout le contraire d'un engagement révolutionnaire. A moins, bien sûr, qu'il n'y ait eu, aux côtés d'une branche "contemplative" de l'épicurisme, quelques épicuriens tournés vers l'action et l'engagement... Et ne peut-on voir, dans les multiples accusations de "débauche", de "licence" qui ont accablé les "populares" (Catilina, ses complices, et plus tard César lui-même) le reflet des calomnies qui couraient sur les Épicuriens en général ? Et le portrait si contradictoire de Catilina (homme soumis à ses plaisirs... mais capable comme personne de supporter la faim, le froid, le manque de sommeil...) n'est-il pas également le reflet des contradictions que les adversaires de l'Épicurisme croyaient trouver dans cette philosophie, hédoniste et ascétique, hédoniste parce que ascétique ? Cf. sur l'Épicurisme

LII : discours de Caton

Biographie de Caton d’Utique :

Arrière-petit-fils de Caton l'Ancien ("delenda est Carthago"...), il naquit en 95 av. J-C, dans la prestigieuse gens Porcia. Quelques anecdotes permettent de mieux cerner le personnage :

Le discours de Caton est lui aussi à contre-emploi : ce stoïcien qui se veut austère, champion de la morale, veut convaincre les Sénateurs... en se fondant sur le plus immoral des arguments : "si vous voulez conserver les biens auxquels vous tenez tant..." Un comble, quand Catilina, lui, se pose en défenseur de la justice, de la patrie, et de la liberté... Dans cette série de contre-emplois, n'y a-t-il pas un certain humour de la part de Salluste ?

Un reflet des controverses philosophiques :

Alors que les Épicuriens attaquent de front la religion traditionnelle (cf. Lucrèce), affirment que la mort n'est rien d'autre qu'une dissolution matérielle, la dissociation d'atomes qui formeront, ailleurs, de nouveaux êtres, et qu'elle ne comporte ni douleur, ni jugement, ni une quelconque existence post-mortem, les Stoïciens, eux, restent fidèles à une conception de l'au-delà proche de celle de Platon (cf. le Gorgias) ; Caton est donc fidèle à son personnage en réagissant aigrement à une remarque de César. cf. ci-dessus.

Mauvaise foi totale : « atque etiam armatos dimittatis » : jamais César n’a proposé cela !

Fin du discours : propose une aggravation de la procédure ordinaire : non seulement une peine capitale malgré la loi, mais en plus une exécution sans jugement.

=> Caton n’est ni plus vertueux, ni plus respectueux de la loi que ceux qu’il veut faire condamner

=> il ouvre la porte à ce qui se passera ensuite : Cicéron, son « exécuteur des basses œuvres » sera à son tour condamné et exilé pour ces faits... avant que l'assassinat politique ne devienne tout simplement un mode de gouvernement.

LIII – LIV : César et Caton, portraits croisés

§ LV : l’exécution des condamnés.

Prison mamertine, liée au temple de la Concorde par l’escalier des Gémonies où l’on exposait le cadavre des suppliciés. Le cachot Tullianum, ancienne citerne, était juste à côté du grand égout de Rome ("terribilis odore"…)

La prison mamertine, transformée en église

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L'intérieur de la prison mamertine : y furent exécutés Jugurtha, les complices de Catilina, et Vercingétorix

http://www.bibleplaces.com/images/

Coupe de la prison mamertine : c'est dans le cachot en sous-sol qu'avaient lieu les exécutions.

http://ecole.orange.fr/college.saintebarbe/
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LVI-LXI : dernier combat de Catilina.

LVI :

LVIII :

Discours de Catilina, très classique, et imité ici de Xénophon (Cyropédie 3,3,4) ; il part tout d'abord du constat que les paroles n'ont jamais rendu brave personne. Un exorde assez ironique, où Catilina semble se conformer à la tradition de la harangue, sans croire lui-même à son utilité...

La seconde partie, la "narratio", comprend elle-même deux moments : Catilina rappelle d'abord la réalité des faits, sans en déguiser la gravité : son armée est cernée, et ne peut ni s'échapper, ni demeurer dans les montagnes, faute de ravitaillement (le problème récurrent des armées romaines en campagne !) ; il ne cherche nullement à "dorer la pilule" à ses troupes.
La seconde partie reprend davantage le modèle de Xénophon : les assiégés ont plus de motivation que les assiégeants, parce que pour eux l'issue du combat est vitale ; Salluste mêle ici les clichés habituels (fuir est plus dangereux que combattre...) et les allusions à la situation réelle des Catilinistes : leur seule issue était une vie sans espoir, en exil... à tout prendre, mieux vaut tout risquer dans un combat. Et ses derniers mots prennent un accent prophétique : Salluste les reprendra mot pour mot après la bataille ("uictoriam cruentam atque luctuosam" ==> "nec tamen exercitus populi Romani laetam aut incruentam uictoriam adeptus erat")... et surtout, ils semblent annoncer la suite des événements : plus de trente ans de guerre civile, marquée par des milliers de morts, et où la République finira par succomber. (Actium, 31 ; proclamation du Principat, 27).

LIX - LXI : la dernière bataille de Catilina