Plaute, Amphitryon

Sosie devant son double, v. 354-387

MERC. Nescio quam tu familiaris sis: nisi actutum hinc abis,
familiaris accipiere faxo haud familiariter.
S. Hic inquam habito ego atque horunc seruos sum. M. At scin quo modo?
faciam ego hodie te superbum, nisi hinc abis. SOS. Quonam modo?
MERC. Auferere, non abibis, si ego fustem sumpsero.
SOS. Quin me esse huius familiai familiarem praedico.
MERC. Vide sis quam mox uapulare uis, nisi actutum hinc abis.
SOS. Tun domo prohibere peregre me aduenientem postulas?
M. Haecine tua domust? S. Ita inquam. M. Quis erus est igitur tibi?
SOS. Amphitruo, qui nunc praefectust Thebanis legionibus,
quicum nupta est Alcumena. MERC. Quid ais? quid nomen tibi est?
SOS. Sosiam uocant Thebani, Dauo prognatum patre.
MERC. Ne tu istic hodie malo tuo compositis mendaciis
aduenisti, audaciai columen, consutis dolis.
SOS. Immo equidem tunicis consutis huc aduenio, non dolis.
MERC. At mentiris etiam: certo pedibus, non tunicis uenis.
SOS. Ita profecto. MERC. Nunc profecto uapula ob mendacium.
SOS. Non edepol uolo profecto. MERC. At pol profecto ingratiis.
hoc quidem profecto certum est, non est arbitrarium.
SOS. Tuam fidem obsecro. MERC. Tun te audes Sosiam esse dicere,
qui ego sum? S. Perii. M. Parum etiam, praeut futurum est, praedicas.
quoius nunc es? SOS. Tuos, nam pugnis usu fecisti tuom.
pro fidem, Thebani ciues. MERC. Etiam clamas, carnifex?
loquere, quid uenisti? SOS. Vt esset quem tu pugnis caederes.
M. Cuius es? S. Amphitruonis, inquam, Sosia. M. Ergo istoc magis,
quia uaniloquo's, uapulabis: ego sum, non tu, Sosia.
SOS. Ita di faciant, ut tu potius sis atque ego te ut uerberem.
M. Etiam muttis? S. Iam tacebo. M. Quis tibi erust? S. Quem tu uoles.
MERC. Quid igitur? qui nunc uocare? SOS. Nemo nisi quem iusseris.
MERC. Amphitruonis te esse aiebas Sosiam. SOS. Peccaueram,
nam Amphitruonis ~socium ne me esse uolui dicere.
MERC. Scibam equidem nullum esse nobis nisi me seruom Sosiam.
fugit te ratio. SOS. Vtinam istuc pugni fecissent tui.
MERC. Ego sum Sosia ille quem tu dudum esse aiebas mihi.

Mercure : Je ne sais pas à quel point tu es de la maison : si tu ne pars pas d’ici sur-le-champ, même si tu es de la maison, tu auras une réception maison !
Sosie : C’est ici, dis-je, que j’habite et je suis l’esclave des gens d’ici !
M : Mais sais-tu ce qui va arriver ? Aujourd’hui je vais faire de toi un grand personnage, si tu ne t’en vas d’ici. S. : Comment ?
M. : On t’emportera, tu ne marcheras pas, si je prends une trique.
S. : Mais vrai ! Je suis de la maisonnée, moi, dans cette maison !
M. : Regarde bien, veux-tu, comme bientôt tu vas être étrillé si tu ne t’en vas pas d’ici sur le champ.
S. : Alors tu prétends m’interdire la maison, moi qui arrive de l’étranger ? M. : Ça, ta maison ? S. : Parfaitement. M. : Qui est donc ton maître ? S. : Amphitryon, qui maintenant est à la tête des légions thébaines, et à qui Alcmène est mariée. M. : Que dis-tu ? Quel est ton nom ? S. : Les Thébains m’appellent Sosie, né de Dauus mon père.
M. : Tu es venu ici pour ton malheur avec des mensonges préparés d’avance, pilier d’audace, et avec des ruses cousues !
S. : Non, j’arrive ici avec des tuniques cousues, non des ruses.
M. : Tu mens encore : tu es venu avec tes pieds, pas avec tes tuniques.
S. : Sûr ! M. : Maintenant, sûr, sois battu pour ton mensonge.
S. : Non, par Pollux, je ne veux pas, sûr ! M. : Mais, par Pollux, contre ton gré, sûr ! En voilà un, sûr, qui est certain et ne prête pas à discussion. S. : Je t’implore. M. : Tu oses dire que tu es Sosie, alors que c’est moi ? S. : je suis mort. M. : c’est trop peu, en comparaison de ce qui va arriver. A présent, à qui appartiens-tu ? M. : à toi, puisque avec tes poings tu m’as fait tien. Au secours, citoyens de Thèbes ! M. : tu cries encore, pendard ? Parle, pourquoi es-tu venu ?
S. : pour que tu aies quelqu’un à massacrer avec tes poings.
M. : à qui appartiens-tu ? S. : Je suis le Sosie d’ Amphitryon, dis-je.
M. : Hé bien tu vas prendre un coup de plus, puisque tu parles dans le vide : c’est moi, Sosie, pas toi.
S. : Fassent les Dieux que tu le sois, et que je sois toi pour te rosser !
M. : Tu marmonnes ? S. : Je vais me taire. M. : Qui est ton maître ? S. : Qui tu veux. M. : Quoi donc ? Comment tu t’appelles ? S. : Personne, sinon comme tu l’ordonnes.
M. : Tu prétendais être le Sosie d’Amphitryon. S. : je me trompais : j’ai voulu dire que j’étais l’associé d’Amphitryon.
M. : Je savais bien que nous n’avions nul autre esclave Sosie que moi. Tu perds la raison. S. Puisses-tu avoir perdu tes poings !
M. : C’est moi qui suis le Sosie que tu prétendais être tout à l’heure !