Xénophon, Anabase

Livre I

Générosité de Cyrus le Jeune

Ce texte fait partie de l’éloge funèbre de Cyrus, tué lors de la bataille de Cunaxa :

(1.9.22) δῶρα δὲ πλεῖστα μὲν οἶμαι εἷς γε ἀνὴρ ἐλάμβανε διὰ πολλά· ταῦτα δὲ πάντων δὴ μάλιστα τοῖς φίλοις διεδίδου, πρὸς τοὺς τρόπους ἑκάστου σκοπῶν καὶ ὅτου μάλιστα ὁρᾐη ἕκαστον δεόμενον. (1.9.23) καὶ ὅσα τῷ σώματι αὐτοῦ πέμποι τις ἢ ὡς εἰς πόλεμον ἢ ὡς εἰς καλλωπισμόν, καὶ περὶ τούτων λέγειν αὐτὸν ἔφασαν ὅτι τὸ μὲν ἑαυτοῦ σῶμα οὐκ ἂν δύναιτο τούτοις πᾶσι κοσμηθῆναι, φίλους δὲ καλῶς κεκοσμημένους μέγιστον κόσμον ἀνδρὶ νομίζοι. (1.9.24) Καὶ τὸ μὲν τὰ μεγάλα νικᾶν τοὺς φίλους εὖ ποιοῦντα οὐδὲν θαυμαστόν, ἐπειδή γε καὶ δυνατώτερος ἦν· τὸ δὲ τῇ ἐπιμελείᾳ περιεῖναι τῶν φίλων καὶ τῷ προθυμεῖσθαι χαρίζεσθαι, ταῦτα ἔμοιγε μᾶλλον δοκεῖ ἀγαστὰ εἶναι. (1.9.25) Κῦρος γὰρ ἔπεμπε βίκους οἴνου ἡμιδεεῖς πολλάκις ὁπότε πάνυ ἡδὺν λάβοι, λέγων ὅτι οὔπω δὴ πολλοῦ χρόνου τούτου ἡδίονι οἴνῳ ἐπιτύχοι· τοῦτον οὖν σοὶ ἔπεμψε καὶ δεῖταί σου τήμερον τοῦτον ἐκπιεῖν σὺν οἷς μάλιστα φιλεῖς. (1.9.26) πολλάκις δὲ χῆνας ἡμιβρώτους ἔπεμπε καὶ ἄρτων ἡμίσεα καὶ ἄλλα τοιαῦτα, ἐπιλέγειν κελεύων τὸν φέροντα· « τούτοις ἥσθη Κῦρος· βούλεται οὖν καὶ σὲ τούτων γεύσασθαι.»(1.9.27) Ὅπου δὲ χιλὸς σπάνιος πάνυ εἴη, αὐτὸς δὲ δύναιτο παρασκευάσασθαι διὰ τὸ πολλοὺς ἔχειν ὑπηρέτας καὶ διὰ τὴν ἐπιμέλειαν, διαπέμπων ἐκέλευε τοὺς φίλους τοῖς τὰ ἑαυτῶν σώματα ἄγουσιν ἵπποις ἐμβάλλειν τοῦτον τὸν χιλόν, ὡς μὴ πεινῶντες τοὺς ἑαυτοῦ φίλους ἄγωσιν. (1.9.28) εἰ δὲ δή ποτε πορεύοιτο καὶ πλεῖστοι μέλλοιεν ὄψεσθαι, προσκαλῶν τοὺς φίλους ἐσπουδαιολογεῖτο, ὡς δηλοίη οὓς τιμᾷ. ὥστε ἐγὼ μέν γε, ἐξ ὧν ἀκούω, οὐδένα κρίνω ὑπὸ πλειόνων πεφιλῆσθαι οὔτε Ἑλλήνων οὔτε βαρβάρων.

Xénophon, Cyropédie I, 9, 22-28.

Il recevait de très nombreux cadeaux, je pense, plus que tout autre, pour de nombreuses raisons ; mais plus que tous il les distribuait à ses amis, considérant les habitudes de chacun, et surtout ce dont il voyait que chacun avait besoin. Et ce qu’on lui envoyait pour son corps, que ce soit pour le combat ou comme ornement, à ce sujet aussi, disait-on, il répondait qu’il ne pouvait parer son corps avec tout cela, et que d’autre part, avoir des amis noblement parés était pour un homme le plus grand honneur. Et qu’il ait surpassé ses amis en bienfaisance, rien d’étonnant, puisqu’il le pouvait plus qu’eux ; mais qu’il l’ait emporté sur ses amis par sa sollicitude et son ardent désir de faire plaisir, cela me semble davantage admirable. Cyrus en effet envoyait souvent la moitié de ses amphores de vin, lorsqu’il en avait reçu du vraiment agréable, en disant qu’il n’avait encore trouvé depuis longtemps un vin plus plaisant. « il te l’a donc envoyé et te demande de le boire jusqu’à la dernière goutte aujourd’hui avec ceux que tu aimes le plus ». Souvent il envoyait des moitiés d’oie et des demi pains, et d’autres choses de ce genre, ordonnant au porteur de dire : « Cyrus s’en est régalé, il veut donc que toi aussi tu y goûtes ». Quand le fourrage est très rare, mais que lui-même pouvait en disposer parce qu’il avait beaucoup de serviteurs, et par sa diligence, en le leur envoyant il ordonnait à ses amis de le prendre pour leurs montures, afin que ce ne soient pas des chevaux affamés que montent ses amis. Lorsqu’il voyageait et qu’une foule de gens étaient venus le voir, invitant ses amis il les entretenait de choses sérieuses, pour bien montrer ceux qu’il honorait. Si bien que moi, d’après ce que j’entends dire, je pense que personne ne fut aimé par plus de gens que lui, ni parmi les Grecs, ni parmi les Barbares.