Xénophon (- 427 ? - 355 ?)

Deux images de Xénophon ; la seconde du musée du Prado, à Madrid

Biographie L'’Anabase La Cyropédie
La politique des Lacédémoniens

Biographie de Xénophon

Né dans une riche famille athénienne, Xénophon, tout en se formant à la vie active, fut le disciple de Socrate.

En 401, il s'engage avec un groupe de mercenaire grecs pour défendre les intérêts de Cyrus le Jeune contre son frère le roi de Perse Artaxerxès : ce sera "l'expédition des Dix Mille ; mais Cyrus fut battu et tué à la bataille de Cunaxa ; les Grecs durent faire retraite en traversant une bonne partie de l'empire Perse, très hostile. A cette occasion, Xénophon montra ses qualités de chef, et réussit à ramener la troupe jusqu'à la mer, et à la réembarquer pour la Grèce. Il raconte cette aventure dans un des tous premiers livres de mémoire de guerre, L'’Anabase

Attiré par le régime spartiate, à son retour en Grèce il se lie avec le roi de Sparte Agésilas ; en 394, lors de la bataille de Coronée qui opposa Sparte et Athènes, il fut du côté de Sparte.

Condamné à l'exil, il vécut plus de vingt ans dans un petit domaine que Sparte lui avait donné à Scillonte, près d'Olympie ; il devint gentilhomme-fermier, et rédigea de nombreux écrits, en particulier L'Économique, sur la gestion d'un domaine agricole.

Mais en 371, vaincue par Thèbes à Leuctres, Sparte se rapprocha d'Athènes ; le domaine de Xénophon passa aux mains des Athéniens, et son exil fut annulé. Ses fils servirent dans l'armée athénienne, et l'un d'eux, Gryllos, y fut tué en 362.

Xénophon rentra probablement à Athènes, et y mourut, vers 355.

L'œuvre de Xénophon

œuvres à dominante autobiographique :

Histoire et roman historique :

Philosophie socratique :

La Cyropédie

Livre III

Xénophon, Cyropédie, III, 3, 43-46 : discours aux soldats. 

Cyrus s’apprête à attaquer le roi d’Assyrie, Crésus… Celui-ci s’adresse à ses soldats.

Παρέταττε δὲ αὐτοὺς αὐτὸς ὁ βασιλεὺς ἐφ' ἅρματος παρελαύνων καὶ τοιάδε παρεκελεύετο. (44) - « Ἄνδρες ᾿Ασσύριοι, νῦν δεῖ ἄνδρας ἀγαθοὺς εἶναι· νῦν γὰρ ὑπὲρ ψυχῶν τῶν ὑμετέρων ἁγὼν καὶ ὑπὲρ γῆς ἐν ᾗ ἔφυτε καὶ (περὶ) οἴκων ἐν οἷς ἐτράφητε, καὶ ὑπὲρ γυναικῶν τε καὶ τέκνων καὶ περὶ πάντων ὧν πέπασθε ἀγαθῶν. νικήσαντες μὲν γὰρ ἁπάντων τούτων ὑμεῖς ὥσπερ πρόσθεν κύριοι ἔσεσθε· εἰ δ' ἡττηθήσεσθε, εὖ ἴστε ὅτι παραδώσετε ταῦτα πάντα τοῖς πολεμίοις. (45) Ἅτε οὖν νίκης ἐρῶντες μένοντες μάχεσθε. Μῶρον γὰρ τὸ κρατεῖν βουλομένους τὰ τυφλὰ τοῦ σώματος  καὶ ἄοπλα καὶ ἄχειρα ταῦτα ἐναντία τάττειν τοῖς πολεμίοις φεύγοντας· μῶρος δὲ καὶ εἴ τις ζῆν βουλόμενος φεύγειν ἐπιχειροίη, εἰδὼς ὅτι οἱ μὲν νικῶντες σῴζονται, οἱ δὲ φεύγοντες ἀποθνῄσκουσι μᾶλλον τῶν μενόντων· μῶρος δὲ καὶ εἴ τις χρημάτων ἐπιθυμῶν ἧτταν προσίεται. Τίς γὰρ οὐκ οἶδεν ὅτι οἱ μὲν νικῶντες τά τε ἑαυτῶν σῴζουσι καὶ τὰ τῶν ἡττωμένων προσλαμβάνουσιν, οἱ δὲ ἡττώμενοι ἅμα ἑαυτούς τε καὶ τὰ ἑαυτῶν πάντα ἀποβάλλουσιν; » Ὁ μὲν δὴ ᾿Ασσύριος ἐν τούτοις ἦν.     

Traduction :

(44) «Assyriens, c’est à présent qu’il faut montrer votre bravoure ; car, à présent, c’est pour votre vie que vous combattez, c’est pour la terre où vous êtes nés, pour les maisons où vous avez été élevés, c’est pour vos femmes et vos enfants et pour tous les biens que vous possédez. Vainqueurs, vous restez maîtres, comme auparavant, de tous ces biens ; vaincus, sachez que vous laissez tout cela aux mains de l’ennemi. (45) Combattez donc de pied ferme, en hommes qui veulent être vainqueurs ; car c’est une folie, quand on veut la victoire, d’opposer, en fuyant, à l’ennemi les parties du corps qui sont sans yeux, sans armes et sans mains. C’est une folie aussi, quand on veut vivre, de se mettre à fuir ; car on sait que ce sont les vainqueurs qui sauvent leur vie et qu’en fuyant on est plus exposé à la mort qu’en tenant ferme. C’est une folie encore quand on désire la richesse, de se laisser vaincre ; car qui ne sait que les vainqueurs non seulement sauvent leurs biens, mais encore prennent ceux des vaincus, et que les vaincus perdent à la fois leur personne et leurs biens ?» Voilà ce que faisait l’Assyrien.

Commentaire

Ce discours, formé d'un certain nombre de clichés, a probablement servi de source à Salluste pour le discours que Catilina adresse à ses troupes avant l'ultime bataille ; on y trouve à peu près les mêmes éléments :

Mais là où le Grec multiplie les détails concrets, dans un style presque baroque ("les parties du corps qui sont sans yeux, sans armes et sans mains..."), le Romain demeure plus sobre, et plus direct.

La Politique des Lacédémoniens

Livre II

L'Éducation spartiate

Τῶν μὲν τοίνυν ἄλλων Ἑλλήνων οἱ φάσκοντες κάλλιστα τοὺς υἱεῖς παιδεύειν, ἐπειδὰν τάχιστα αὐτοῖς οἱ παῖδες τὰ λεγόμενα ξυνιῶσιν, εὐθὺς μὲν ἐπ᾽ αὐτοῖς παιδαγωγοὺς θεράποντας ἐφιστᾶσιν, εὐθὺς δὲ πέμπουσιν εἰς διδασκάλων μαθησομένους καὶ γράμματα καὶ μουσικὴν καὶ τὰ ἐν παλαίστρᾳ. Πρὸς δὲ τούτοις τῶν παίδων πόδας μὲν ὑποδήμασιν ἁπαλύνουσι, σώματα δὲ ἱματίων μεταβολαῖς διαθρύπτουσι· σίτου γε μὴν αὐτοῖς γαστέρα μέτρον νομίζουσιν. [2.2] ὁ δὲ Λυκοῦργος, ἀντὶ μὲν τοῦ ἰδίᾳ ἕκαστον παιδαγωγοὺς δούλους ἐφιστάναι, ἄνδρα ἐπέστησε κρατεῖν αὐτῶν ἐξ ὧνπερ αἱ μέγισται ἀρχαὶ καθίστανται, ὃς δὴ καὶ παιδονόμος καλεῖται. Τοῦτον δὲ κύριον ἐποίησε καὶ ἁθροίζειν τοὺς παῖδας καὶ ἐπισκοποῦντα, εἴ τις ῥαιδιουργοίη, ἰσχυρῶς κολάζειν. Ἔδωκε δ᾽ αὐτῷ καὶ τῶν ἡβώντων μαστιγοφόρους, ὅπως τιμωροῖεν ὅτε δέοι· ὥστε πολλὴν μὲν αἰδῶ, πολλὴν δὲ πειθὼ ἐκεῖ συμπαρεῖναι. [2.3] Ἀντί γε μὴν τοῦ ἁπαλύνειν τοὺς πόδας ὑποδήμασιν ἔταξεν ἀνυποδησίαι κρατύνειν[…]. [2.4] Καὶ ἀντί γε τοῦ ἱματίοις διαθρύπτεσθαι ἐνόμιζεν ἑνὶ ἱματίῳ δι᾽ ἔτους προσεθίζεσθαι, νομίζων οὕτως καὶ πρὸς ψύχη καὶ πρὸς θάλπη ἄμεινον ἂν παρεσκευάσθαι. [2.5] Σῖτόν γε μὴν ἔταξε τοσοῦτον ἔχοντα συμβολεύειν τὸν εἴρενα, ὡς ὑπὸ πλησμονῆς μὲν μήποτε βαρύνεσθαι, τοῦ δὲ ἐνδεεστέρως διάγειν μὴ ἀπείρως ἔχειν, νομίζων τοὺς οὕτω παιδευομένους μᾶλλον μὲν ἂν δύνασθαι, εἰ δεήσειεν, ἀσιτήσαντας ἐπιπονῆσαι, μᾶλλον δ᾽ ἄν, εἰ παραγγελθείη, ἀπὸ τοῦ αὐτοῦ σίτου πλείω χρόνον ἐπιταθῆναι. [...] [2.6] Ὡς δὲ μὴ ὑπὸ λιμοῦ ἄγαν αὖ πιέζοιντο, ἀπραγμόνως μὲν αὐτοῖς οὐκ ἔδωκε λαμβάνειν ὧν ἂν προσδέωνται, κλέπτειν δ᾽ ἐφῆκεν ἔστιν ἃ τῷ λιμῷ ἐπικουροῦντας. [2.7] Καὶ ὡς μὲν οὐκ ἀπορῶν ὃ τι δοίη ἐφῆκεν αὐτοῖς γε μηχανᾶσθαι τὴν τροφήν, οὐδένα οἶμαι τοῦτο ἀγνοεῖν· δῆλον δ᾽ ὅτι τὸν μέλλοντα κλωπεύειν καὶ νυκτὸς ἀγρυπνεῖν δεῖ καὶ μεθ᾽ ἡμέραν ἀπατᾶν καὶ ἐνεδρεύειν, καὶ κατασκόπους δὲ ἑτοιμάζειν τὸν μέλλοντά τι λήψεσθαι. Ταῦτα οὖν δὴ πάντα δηλονότι μηχανικωτέρους τῶν ἐπιτηδείων βουλόμενος τοὺς παῖδας ποιεῖν καὶ πολεμικωτέρους οὕτως ἐπαίδευσεν. [2.8] Εἴποι δ᾽ ἂν οὖν τις· τί δῆτα, εἴπερ τὸ κλέπτειν ἀγαθὸν ἐνόμιζε, πολλὰς πληγὰς ἐπέβαλε τῷ ἁλισκομένῳ ; ὅτι, φημὶ ἐγώ, καὶ τἆλλα, ὅσα ἄνθρωποι διδάσκουσι, κολάζουσι τὸν μὴ καλῶς ὑπηρετοῦντα. Κἀκεῖνοι οὖν τοὺς ἁλισκομένους ὡς κακῶς κλέπτοντας τιμωροῦνται.

Xénophon, La République des Lacédémoniens, II, 1-8

Traduction

Ceux parmi les Grecs, donc, qui prétendent éduquer le mieux leurs fils, dès que leurs enfants comprennent ce qu’on leur dit, aussitôt ils placent au-dessus d’eux des serviteurs comme pédagogues, aussitôt ils les envoient chez des maîtres d’école pour apprendre les lettres, la musique et les jeux de la palestre. En outre, ils amollissent les pieds de leurs enfants avec des sandales, et ils rendent leurs corps efféminés en changeant leurs vêtements ; ils considèrent par ailleurs leur estomac comme la mesure de leur faim. Lycurgue, lui, au lieu que chacun en privé, attribue [aux enfants] des esclaves comme pédagogues, institua pour les commander un homme pris parmi les citoyens que l’on revêt des plus hautes magistratures, qui est appelé le « pédonome ». Il le rendit maître de rassembler les enfants et, les surveillant, si l’un d’eux était négligent, de le châtier fortement. Il lui donna des porteurs de fouet parmi les jeunes gens, afin qu’ils les punissent quand il le fallait ; de sorte qu’il y ait là beaucoup de respect et beaucoup d’obéissance. Au lieu d’amollir les pieds avec des sandales, il prescrivit de les endurcir en allant pieds nus […] et au lieu de les efféminer avec des vêtements, il établit l’usage qu’ils s’habituent à un seul vêtement tout au long de l’année, pensant qu’ainsi ils seraient mieux préparés et au froid et à la chaleur. Il a d’autre part prescrit que l’irène ne distribue qu’une quantité de nourriture telle qu’ils ne soient jamais alourdis par la satiété, mais qu’ils ne soient pas sans l’expérience de rester sur leur faim, pensant que des gens ainsi éduqués seraient davantage capables, s’il en était besoin, de continuer à peiner sans manger, et qu’ils pourraient davantage, s’ils en recevaient l’ordre, de tenir plus longtemps sans cette même nourriture […] Cependant, pour qu’ils ne soient pas trop accablés par la faim, il ne leur permit pas de prendre sans peine ce dont ils avaient besoin en plus, mais il leur permit de voler certaines choses pour se défendre contre la faim. Et ce n’était pas parce qu’il ne savait pas que leur donner qu’il leur permit de se débrouiller pour se procurer de la nourriture, je pense que personne ne l’ignore. Il est évident que celui qui va voler doit veiller la nuit, ruser pendant le jour et se mettre en embuscade, et que celui qui est décidé à prendre quelque chose dispose des guetteurs. Il leur enseigna tout cela, évidemment, en voulant les rendre plus aptes à se procurer le nécessaire, et meilleurs soldats. On pourrait me dire : s’il pensait que voler était bien, pourquoi a-t-il roué de coups celui qui se faisait prendre ? parce que, je l’affirme, dans toutes les disciplines que les hommes enseignent, ils punissent celui qui obéit mal. Et eux punissent ceux qui se font prendre parce qu’ils sont de mauvais voleurs.