Thucydide, La Guerre du Péloponnèse

 

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Livre I

La Grèce primitive

Le Prince aux lys, palais de Cnossos.

La piraterie en Grèce au temps de la thalassocratie crétoise.

Μίνως γὰρ παλαίτατος ὧν1 ἀκοῇ ἴσμεν2 ναυτικὸν ἐκτήσατο καὶ τῆς νῦν Ἑλληνικῆς θαλάσσης ἐπὶ πλεῖστον ἐκράτησε καὶ τῶν Κυκλάδων νήσων ἦρξέ τε καὶ οἰκιστὴς πρῶτος τῶν πλείστων ἐγένετο, Κᾶρας3 ἐξελάσας καὶ τοὺς ἑαυτοῦ παῖδας ἡγεμόνας ἐγκαταστήσας· τό τε λῃστικόν, ὡς εἰκός, καθῄρει ἐκ τῆς θαλάσσης ἐφ' ὅσον ἐδύνατο, τοῦ4 τὰς προσόδους μᾶλλον ἰέναι αὐτῷ. [1.5.1] Οἱ γὰρ Ἕλληνες τὸ πάλαι καὶ τῶν βαρβάρων οἵ τε ἐν τῇ ἠπείρῳ παραθαλάσσιοι καὶ ὅσοι νήσους εἶχον, ἐπειδὴ ἤρξαντο μᾶλλον περαιοῦσθαι ναυσὶν ἐπ' ἀλλήλους, ἐτράποντο πρὸς λῃστείαν, ἡγουμένων ἀνδρῶν οὐ τῶν ἀδυνατωτάτων κέρδους τοῦ σφετέρου αὐτῶν ἕνεκα καὶ τοῖς ἀσθενέσι τροφῆς, καὶ προσπίπτοντες πόλεσιν ἀτειχίστοις καὶ κατὰ κώμας οἰκουμέναις ἥρπαζον καὶ τὸν πλεῖστον τοῦ βίου ἐντεῦθεν ἐποιοῦντο, οὐκ ἔχοντός πω αἰσχύνην τούτου τοῦ ἔργου, φέροντος δέ τι καὶ δόξης μᾶλλον· [1.5.2] δηλοῦσι δὲ τῶν τε ἠπειρωτῶν τινὲς ἔτι καὶ νῦν, οἷς κόσμος καλῶς τοῦτο δρᾶν, καὶ οἱ παλαιοὶ τῶν ποιητῶν τὰς πύστεις τῶν καταπλεόντων πανταχοῦ ὁμοίως ἐρωτῶντες εἰ λῃσταί εἰσιν, ὡς οὔτε ὧν πυνθάνονται ἀπαξιούντων τὸ ἔργον, οἷς τε ἐπιμελὲς εἴη εἰδέναι οὐκ ὀνειδιζόντων. Ἐλῄζοντο δὲ καὶ κατ' ἤπειρον ἀλλήλους. [1.5.3] Καὶ μέχρι τοῦδε πολλὰ τῆς Ἑλλάδος τῷ παλαιῷ τρόπῳ νέμεται περί τε Λοκροὺς τοὺς Ὀζόλας Καὶ Αἰτωλοὺς καὶ Ἀκαρνᾶνας καὶ τὴν ταύτῃ ἤπειρον. Τό τε σιδηροφορεῖσθαι τούτοις τοῖς ἠπειρώταις ἀπὸ τῆς παλαιᾶς λῃστείας ἐμμεμένηκεν· [1.6.1] πᾶσα γὰρ ἡ Ἑλλὰς ἐσιδηροφόρει διὰ τὰς ἀφράκτους τε οἰκήσεις καὶ οὐκ ἀσφαλεῖς παρ' ἀλλήλους ἐφόδους, καὶ ξυνήθη τὴν δίαιταν μεθ' ὅπλων ἐποιήσαντο ὥσπερ οἱ βάρβαροι.

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, I, 4-6.

Minos en effet, le plus ancien de ceux que nous connaissons par ouïe-dire, posséda une flotte, et se rendit maître pour la plus grande partie, de ce que nous appelons maintenant la mer grecque, et commanda les Cyclades, et colonisa la plupart d'entre elles, ayant chassé les Cariens, et ayant installé ses propres fils comme gouverneurs ; il s'efforçait de purger la mer de la piraterie, autant qu'il le pouvait, afin de mieux faire rentrer ses revenus. En effet, autrefois les Grecs et ceux des Barbares qui se situaient sur le continent, près du littoral, et tous ceux qui habitaient les îles, lorsqu'ils commencèrent à davantage se rendre les uns chez les autres par bateaux, se tournèrent vers la piraterie, les plus puissants y cherchant un moyen de s'enrichir et de nourrir les faibles, et se jetant sur des cités dépourvues de remparts et habitées en bourgades éparses, ils s'en emparaient et tiraient de là l'essentiel de leurs ressources, cette activité ne comportant encore aucune infamie, mais apportant plutôt quelque gloire. Le montrent bien encore aujourd'hui certains habitants du continent, pour qui pratiquer cela est un grand honneur, et les anciens poètes font partout demander aux navigateurs s'ils sont pirates, et ceux dont on s'informe ne rejettent pas cette occupation, et ceux qui la posent ne considèrent pas la question comme insultante. Sur le continent aussi on se razziait les uns les autres. Et jusqu'à aujourd'hui beaucoup de régions de Grèce partage cette ancienne manière, chez les Locriens Ozoles, les Étoliens et les Acharnaniens et de ce côté du continent. Pour ces habitants du continent, le fait de porter des armes rappelle l'antique piraterie. Toute la Grèce en effet portait des armes parce que les habitations n'étaient pas fortifiées, et que les routes n'étaient pas sûres, et ils passaient toute leur vie en armes comme les Barbares.

Commentaire
  1. ὧν : attraction du relatif : traduire comme si l'on avait τούτων οὕς.
  2. ἴσμεν : 1ère personne du verbe οἶδα
  3. Κᾶρας : les Cariens. Peuple asianique souvent associé aux Pélasges, et qui passait pour avoir colonisé la plupart des îles de la mer Égée avant les Crétois. À l'époque historique, refoulés par les Achéens, ils s'étaient installés au Sud-Ouest de l'Asie Mineure, dans la région d'Halicarnasse.

  4. L'infinitif au génitif (τοῦ...ἰέναι) exprime le but ; construction fréquente chez Thucydide.

L'archéologie a confirmé les dires de Thucydide : non seulement l'on a trouvé des restes de civilisation minoenne sur toutes les îles de la mer Égée, mais également dans le golfe Saronique près de Mégare, en Eubée, sur la côte de Laconie : il est probable que les Crétois ont colonisé une partie de la Grèce continentale.

En Méditerranée orientale, ils atteignent la Carie, la Lycie (voir carte ci-dessus), la Phénicie ; en Méditerranée occidentale, la Sicile et l'Italie méridionale subissent leur influence. Enfin, il existait de longue date un commerce entre la Crète et l'Égypte, comme le prouve la présence d'objets égyptiens datant d'environ 1780-1565 (époque des Hyksôs) dans les tombes crétoises.

Voir l'histoire de la Grèce : la civilisation crétoise

Premières escarmouches.

Trêve de 5 ans et expédition contre Chypre (451) ; guerre sacrée (448)

[1,112] Ὕστερον δὲ διαλιπόντων ἐτῶν τριῶν σπονδαὶ γίγνονται Πελοποννησίοις καὶ Ἀθηναίοις πεντέτεις. Kαὶ Ἑλληνικοῦ μὲν πολέμου ἔσχον οἱ Ἀθηναῖοι, ἐς δὲ Κύπρον ἐστρατεύοντο ναυσὶ διακοσίαις αὑτῶν τε καὶ τῶν ξυμμάχων Κίμωνος στρατηγοῦντος. Καὶ ἑξήκοντα μὲν νῆες ἐς Αἴγυπτον ἀπ' αὐτῶν ἔπλευσαν, Ἀμυρταίου μεταπέμποντος τοῦ ἐν τοῖς ἕλεσι βασιλέως, αἱ δὲ ἄλλαι Κίτιον ἐπολιόρκουν. Κίμωνος δὲ ἀποθανόντος καὶ λιμοῦ γενομένου ἀπεχώρησαν ἀπὸ Κιτίου, καὶ πλεύσαντες ὑπὲρ Σαλαμῖνος τῆς ἐν Κύπρῳ Φοίνιξι καὶ Κυπρίοις καὶ Κίλιξιν ἐναυμάχησαν καὶ ἐπεζομάχησαν ἅμα, καὶ νικήσαντες ἀμφότερα ἀπεχώρησαν ἐπ' οἴκου καὶ αἱ ἐξ Αἰγύπτου νῆες πάλιν {αἱ} ἐλθοῦσαι μετ' αὐτῶν. Λακεδαιμόνιοι δὲ μετὰ ταῦτα τὸν ἱερὸν καλούμενον πόλεμον ἐστράτευσαν, καὶ κρατήσαντες τοῦ ἐν Δελφοῖς ἱεροῦ παρέδοσαν Δελφοῖς· καὶ αὖθις ὕστερον Ἀθηναῖοι ἀποχωρησάντων αὐτῶν στρατεύσαντες καὶ κρατήσαντες παρέδοσαν Φωκεῦσιν.

CXII - Trois années encore s'écoulèrent. Une trêve de cinq ans fut conclue alors entre Lacédémoniens et Athéniens. Débarrassée de toute guerre en Grèce, Athènes envoya contre Chypre une flotte de deux cents vaisseaux, tant athéniens qu'alliés, sous le commandement de Cimon. Soixante de ces navires cinglèrent vers l'Égypte sur la demande d'Amyrtaeos, roi de la partie basse, les autres assiégèrent Cition. Mais Cimon mourut ; la famine survint ; les assiégeants se retirèrent de Cition. Ils avaient déjà dépassé Salamine de Chypre, quand les Phéniciens, les Chypriotes et les Ciliciens les attaquèrent sur mer et sur le rivage ; victorieux dans ces deux combats, ils rentrèrent chez eux suivis des vaisseaux qui s'en retournaient d'Égypte. Après ces événements, les Lacédémoniens firent la guerre dite sacrée. Ils s'emparèrent du temple de Delphes qu'ils remirent aux Delphiens ; mais ils se retirèrent, les Athéniens survinrent qui, victorieux à leur tour, le rendirent aux Phocidiens.

Révolte et soumission de l’Eubée (446)

[1,114] Μετὰ δὲ ταῦτα οὐ πολλῷ ὕστερον Εὔβοια ἀπέστη ἀπὸ Ἀθηναίων, καὶ ἐς αὐτὴν διαβεβηκότος ἤδη Περικλέους στρατιᾷ Ἀθηναίων ἠγγέλθη αὐτῷ ὅτι Μέγαρα ἀφέστηκε καὶ Πελοποννήσιοι μέλλουσιν ἐσβαλεῖν ἐς τὴν Ἀττικὴν καὶ οἱ φρουροὶ Ἀθηναίων διεφθαρμένοι εἰσὶν ὑπὸ Μεγαρέων, πλὴν ὅσοι ἐς Νίσαιαν ἀπέφυγον· ἐπαγαγόμενοι δὲ Κορινθίους καὶ Σικυωνίους καὶ Ἐπιδαυρίους ἀπέστησαν οἱ Μεγαρῆς. Ὁ δὲ Περικλῆς πάλιν κατὰ τάχος ἐκόμιζε τὴν στρατιὰν ἐκ τῆς Εὐβοίας. Καὶ μετὰ τοῦτο οἱ Πελοποννήσιοι τῆς Ἀττικῆς ἐς Ἐλευσῖνα καὶ Θριῶζε ἐσβαλόντες ἐδῄωσαν Πλειστοάνακτος τοῦ Παυσανίου βασιλέως Λακεδαιμονίων ἡγουμένου, καὶ τὸ πλέον οὐκέτι προελθόντες ἀπεχώρησαν ἐπ' οἴκου. Καὶ Ἀθηναῖοι πάλιν ἐς Εὔβοιαν διαβάντες Περικλέους στρατηγοῦντος κατεστρέψαντο πᾶσαν, καὶ τὴν μὲν ἄλλην ὁμολογίᾳ κατεστήσαντο, Ἑστιαιᾶς δὲ ἐξοικίσαντες αὐτοὶ τὴν γῆν ἔσχον.

CXIV - Peu de temps après, l'Eubée se révolta contre les Athéniens. Périclès avait déjà débarqué dans l'île, avec des troupes athéniennes, quand on vint lui annoncer la défection de Mégare, les préparatifs des Péloponnésiens pour une incursion en Attique, le massacre de la garnison athénienne par des Mégariens à l'exception des hommes qui s'étaient réfugiés à Nisaea. Les Mégariens avaient entraîné dans leur révolte les Corinthiens, les Sicyoniens et les Epidauriens. En toute hâte Périclès retira ses troupes d'Eubée. Après quoi sous la conduite de Pleistoanax, fils de Pausanias, roi de Lacédémone, les Péloponnésiens firent une incursion en Attique jusqu'à Éleusis et à la plane de Thria, qu'ils ravagèrent ; mais ils n'allèrent pas plus loin et se retirèrent. Les Athéniens passèrent de nouveau en Eubée, toujours sous la conduite de Périclès et soumirent l'île entière. Une convention en régla le sort ; mais ils chassèrent les habitants d'Hestiaea et occupèrent leur territoire.

La bataille de Chéronée (447)

[1,113] Καὶ χρόνου ἐγγενομένου μετὰ ταῦτα Ἀθηναῖοι, Βοιωτῶν τῶν φευγόντων ἐχόντων Ὀρχομενὸν καὶ Ξαιρώνειαν καὶ ἄλλ' ἄττα χωρία τῆς Βοιωτίας, ἐστράτευσαν ἑαυτῶν μὲν χιλίοις ὁπλίταις, τῶν δὲ ξυμμάχων ὡς ἑκάστοις ἐπὶ τὰ χωρία ταῦτα πολέμια ὄντα, Τολμίδου τοῦ Τολμαίου στρατηγοῦντος. καὶ Ξαιρώνειαν ἑλόντες καὶ ἀνδραποδίσαντες ἀπεχώρουν φυλακὴν καταστήσαντες. πορευομένοις δ' αὐτοῖς ἐν Κορωνείᾳ ἐπιτίθενται οἵ τε ἐκ τῆς Ὀρχομενοῦ φυγάδες Βοιωτῶν καὶ Λοκροὶ μετ' αὐτῶν καὶ Εὐβοέων φυγάδες καὶ ὅσοι τῆς αὐτῆς γνώμης ἦσαν, καὶ μάχῃ κρατήσαντες τοὺς μὲν διέφθειραν τῶν Ἀθηναίων, τοὺς δὲ ζῶντας ἔλαβον. καὶ τὴν Βοιωτίαν ἐξέλιπον Ἀθηναῖοι πᾶσαν, σπονδὰς ποιησάμενοι ἐφ' ᾧ τοὺς ἄνδρας κομιοῦνται. καὶ οἱ φεύγοντες Βοιωτῶν κατελθόντες καὶ οἱ ἄλλοι πάντες αὐτόνομοι πάλιν ἐγένοντο.

Quelque temps après il se trouva que des exilés béotiens occupèrent Orchoménos, Chéroneia et quelques autres places de Béotie. Les Athéniens avec mille de leurs hoplites, des contingents de tous leurs alliés, lancèrent une expédition contre ces villes ennemies. Tolmidés, fils de Tolmaeos, était à sa tête. On prit Chéroneia, on rendit esclave la population, on y installa une garnison, puis on se retira. L'armée athénienne traversait le territoire de Chéroneia, quand elle fut attaquée par les exilés béotiens d'Orchoménos, aidés par des Locriens, par des exilés d'Eubée et par tous ceux qui étaient de leur parti. Ils défirent les Athéniens dont les uns furent massacrés, les autres furent faits prisonniers. Une trêve fut conclue par laquelle les Athéniens abandonnaient la Béotie tout entière, à la condition que leurs prisonniers leur fussent rendus. Les exilés béotiens rentrèrent chez eux et tous les autres recouvrèrent leur liberté.

La guerre de Samos

[1,115] ἀναχωρήσαντες δὲ ἀπ' Εὐβοίας οὐ πολλῷ ὕστερον σπονδὰς ἐποιήσαντο πρὸς Λακεδαιμονίους καὶ τοὺς ξυμμάχους τριακοντούτεις, ἀποδόντες Νίσαιαν καὶ Πηγὰς καὶ Τροιζῆνα καὶ Ἀχαΐαν· ταῦτα γὰρ εἶχον Ἀθηναῖοι Πελοποννησίων. Ἕκτῳ δὲ ἔτει Σαμίοις καὶ Μιλησίοις πόλεμος ἐγένετο περὶ Πριήνης, καὶ οἱ Μιλήσιοι ἐλασσούμενοι τῷ πολέμῳ παρ' Ἀθηναίους ἐλθόντες κατεβόων τῶν Σαμίων. Ξυνεπελάβοντο δὲ καὶ ἐξ αὐτῆς τῆς Σάμου ἄνδρες ἰδιῶται νεωτερίσαι βουλόμενοι τὴν πολιτείαν. Πλεύσαντες οὖν Ἀθηναῖοι ἐς Σάμον ναυσὶ τεσσαράκοντα δημοκρατίαν κατέστησαν, καὶ ὁμήρους ἔλαβον τῶν Σαμίων πεντήκοντα μὲν παῖδας, ἴσους δὲ ἄνδρας, καὶ κατέθεντο ἐς Λῆμνον, καὶ φρουρὰν ἐγκαταλιπόντες ἀνεχώρησαν. Τῶν δὲ Σαμίων ἦσαν γάρ τινες οἳ οὐχ ὑπέμειναν, ἀλλ' ἔφυγον ἐς τὴν ἤπειρον, ξυνθέμενοι τῶν ἐν τῇ πόλει τοῖς δυνατωτάτοις καὶ Πισσούθνῃ τῷ Ὑστάσπου ξυμμαχίαν, ὃς εἶχε Σάρδεις τότε, ἐπικούρους τε ξυλλέξαντες ἐς ἑπτακοσίους διέβησαν ὑπὸ νύκτα ἐς τὴν Σάμον, καὶ πρῶτον μὲν τῷ δήμῳ ἐπανέστησαν καὶ ἐκράτησαν τῶν πλείστων, ἔπειτα τοὺς ὁμήρους ἐκκλέψαντες ἐκ Λήμνου τοὺς αὑτῶν ἀπέστησαν, καὶ τοὺς φρουροὺς τοὺς Ἀθηναίων καὶ τοὺς ἄρχοντας οἳ ἦσαν παρὰ σφίσιν ἐξέδοσαν Πισσούθνῃ, ἐπί τε Μίλητον εὐθὺς παρεσκευάζοντο στρατεύειν. Ξυναπέστησαν δ' αὐτοῖς καὶ Βυζάντιοι.

[1,116] Ἀθηναῖοι δὲ ὡς ᾔσθοντο, πλεύσαντες ναυσὶν ἑξήκοντα ἐπὶ Σάμου ταῖς μὲν ἑκκαίδεκα τῶν νεῶν οὐκ ἐχρήσαντο (ἔτυχον γὰρ αἱ μὲν ἐπὶ Καρίας ἐς προσκοπὴν τῶν Φοινισσῶν νεῶν οἰχόμεναι, αἱ δὲ ἐπὶ Ξίου καὶ Λέσβου περιαγγέλλουσαι βοηθεῖν), τεσσαράκοντα δὲ ναυσὶ καὶ τέσσαρσι Περικλέους δεκάτου αὐτοῦ στρατηγοῦντος ἐναυμάχησαν πρὸς Τραγίᾳ τῇ νήσῳ Σαμίων ναυσὶν ἑβδομήκοντα, ὧν ἦσαν αἱ εἴκοσι στρατιώτιδες (ἔτυχον δὲ αἱ πᾶσαι ἀπὸ Μιλήτου πλέουσαι), καὶ ἐνίκων Ἀθηναῖοι. Ὕστερον δὲ αὐτοῖς ἐβοήθησαν ἐκ τῶν Ἀθηνῶν νῆες τεσσαράκοντα καὶ Ξίων καὶ Λεσβίων πέντε καὶ εἴκοσι, καὶ ἀποβάντες καὶ κρατοῦντες τῷ πεζῷ ἐπολιόρκουν τρισὶ τείχεσι τὴν πόλιν καὶ ἐκ θαλάσσης ἅμα. Περικλῆς δὲ λαβὼν ἑξήκοντα ναῦς ἀπὸ τῶν ἐφορμουσῶν ᾤχετο κατὰ τάχος ἐπὶ Καύνου καὶ Καρίας, ἐσαγγελθέντων ὅτι Φοίνισσαι νῆες ἐπ' αὐτοὺς πλέουσιν· ᾤχετο γὰρ καὶ ἐκ τῆς Σάμου πέντε ναυσὶ Στησαγόρας καὶ ἄλλοι ἐπὶ τὰς Φοινίσσας.

[1,117] Ἐν τούτῳ δὲ οἱ Σάμιοι ἐξαπιναίως ἔκπλουν ποιησάμενοι ἀφάρκτῳ τῷ στρατοπέδῳ ἐπιπεσόντες τάς τε προφυλακίδας ναῦς διέφθειραν καὶ ναυμαχοῦντες τὰς ἀνταναγομένας ἐνίκησαν, καὶ τῆς θαλάσσης τῆς καθ' ἑαυτοὺς ἐκράτησαν ἡμέρας περὶ τέσσαρας καὶ δέκα, καὶ ἐσεκομίσαντο καὶ ἐξεκομίσαντο ἃ ἐβούλοντο. Ἐλθόντος δὲ Περικλέους πάλιν ταῖς ναυσὶ κατεκλῄσθησαν. Καὶ ἐκ τῶν Ἀθηνῶν ὕστερον προσεβοήθησαν τεσσαράκοντα μὲν αἱ μετὰ Θουκυδίδου καὶ Ἅγνωνος καὶ Φορμίωνος νῆες, εἴκοσι δὲ αἱ μετὰ Τληπολέμου καὶ Ἀντικλέους, ἐκ δὲ Ξίου καὶ Λέσβου τριάκοντα. Καὶ ναυμαχίαν μέν τινα βραχεῖαν ἐποιήσαντο οἱ Σάμιοι, ἀδύνατοι δὲ ὄντες ἀντίσχειν Ἐξεπολιορκήθησαν ἐνάτῳ μηνὶ καὶ προσεχώρησαν ὁμολογίᾳ, τεῖχός τε καθελόντες καὶ ὁμήρους δόντες καὶ ναῦς παραδόντες καὶ χρήματα τὰ ἀναλωθέντα ταξάμενοι κατὰ χρόνους ἀποδοῦναι. Ξυνέβησαν δὲ καὶ Βυζάντιοι ὥσπερ καὶ πρότερον ὑπήκοοι εἶναι.

CXV. - Peu après l'évacuation de l'Eubée, ils conclurent avec les Lacédémoniens et leurs alliés une trêve de Trente Ans. Les Athéniens restituaient Nisaea, Péges, Trézène et l'Achaïe, ce qu'ils avaient enlevé aux Péloponnésiens. Six ans plus tard au sujet de Priène, une guerre éclata entre Samiens et Milésiens. En état d'infériorité, les Milésiens vinrent à Athènes et ils clamèrent bruyamment leurs griefs à l'adresse des Samiens. Ils s'étaient fait accompagner par quelques particuliers de Samos, qui voulaient changer la forme du gouvernement. Les Athéniens se décidèrent à envoyer quarante vaisseaux à Samos ; ils y établirent le régime démocratique ; ils prirent comme otages cinquante enfants samiens et autant d'adultes : ils les établirent à Lemnos, y laissèrent une garnison, puis se retirèrent. Un certain nombre de Samiens, hostiles à la démocratie, se réfugièrent sur le continent ; ils se concertèrent avec les plus puissants de la ville et avec Pissouthnès, fils d'Hystaspos, gouverneur de Sardes. Ils levèrent environ sept cents mercenaires et passèrent de nuit à Samos ; ils commencèrent par s'élever contre le parti démocratique et se le soumirent presque entièrement. Puis ils enlevèrent par surprise à Lemnos leurs otages, se révoltèrent ouvertement et livrèrent à Pissouthnès la garnison et les magistrats athéniens qui étaient auprès d'eux. Ils se préparèrent aussitôt à attaquer Milet. Les habitants de Byzance les suivirent dans leur révolte.

CXVI. - A cette nouvelle, les Athéniens, qui avaient pris la mer avec soixante vaisseaux, en détachèrent seize, les uns pour surveiller dans les parages de la Carie la flotte phénicienne, les autres pour demander du secours à Chios et à Lesbos. Ils avaient donc quarante-quatre vaisseaux, quand sous le commandement de Périclès et de neuf autres stratèges, ils livrèrent bataille face à l'île de Tragia à la flotte samiennes : celle-ci comprenait soixante-dix unités, dont vingt transportant des troupes, qui étaient parties de conserve de Milet. Les Athéniens furent victorieux. Par la suite, un renfort de quarante vaisseaux athéniens, de vingt-cinq de Chios et de Lesbos vint les rejoindre ; les troupes débarquèrent, défirent l'adversaire et investirent la ville au moyen de trois murs, la bloquant également par mer. A la nouvelle qu'une flotte phénicienne venait à la rescousse, Périclès, avec soixante vaisseaux qui coopéraient au blocus, se porta en toute hâte vers Caunos et la Carie. Effectivement, Stésagoras et d'autres Samiens étaient partis avec cinq vaisseaux de Samos pour rejoindre la flotte phénicienne.

CXVII. - La flotte des Samiens fit alors une sortie inattendue, tomba sur le camp ennemi non retranché, détruisit les vedettes placées en observation, livra combat à celles qui s'avancèrent à sa rencontre et les défit. Les Samiens, pendant quatorze jours, furent maîtres de la mer aux alentours de l'île ; ils importèrent et exportèrent tout ce qu'ils voulurent . Mais, au retour de Périclès, ils furent de nouveau bloqués par la flotte athénienne. De plus Athènes envoya par la suite un renfort de quarante vaisseaux avec Thucydide, Hagnon et Phormion vingt autres encore avec Tlépolémos et Anticlès ; trente vinrent de Chios et de Lesbos . Les Samiens livrèrent un bref combat naval, mais ne pouvant résister ils durent capituler après neuf mois de siège . Ils s'engagèrent par une convention à détruire leurs murailles, à donner des otages, à livrer des vaisseaux, à rembourser à échéances fixées les frais de la guerre. Les Byzantins eux aussi acceptèrent de devenir sujets, comme ils l'étaient auparavant.


Livre II

La peste d’Athènes, II, 47-54 (traduction Jean Voilquin)

XLVII. - Dès le début de l'été, les Péloponnésiens et leurs alliés, avec les deux tiers de leurs troupes, comme la première fois, envahirent l'Attique, sous le commandement d'Archidamos, fils de Zeuxidamos, roi de Lacédémone. Ils y campèrent et ravagèrent le pays. Ils n'étaient que depuis quelques jours en Attique, quand la maladie se déclara à Athènes ; elle s'était abattue, dit-on, auparavant en plusieurs endroits, notamment à Lemnos ; mais nulle part on ne se rappelait pareil fléau et des victimes si nombreuses. Les médecins étaient impuissants, car ils ignoraient au début la nature de la maladie ; de plus, en contact plus étroit avec les malades, ils étaient plus particulièrement atteints. Toute science humaine était inefficace ; en vain on multipliait les supplications dans les temples ; en vain on avait recours aux oracles ou à de semblables pratiques ; tout était inutile ; finalement on y renonça, vaincu par le fléau.

XLVIII. - Le mal, dit-on, fit son apparition en Ethiopie, au-dessus de l'Egypte : de là il descendit en Egypte et en Libye et se répandit sur la majeure partie des territoires du Roi. Il se déclara subitement à Athènes et, comme il fit au Pirée ses premières victimes, on colporta le bruit que les Péloponnésiens avaient empoisonné les puits ; car au Pirée il n'y avait pas encore de fontaines. Il atteignit ensuite la ville haute et c'est là que la mortalité fut de beaucoup la plus élevée. Que chacun, médecin ou non, se prononce selon ses capacités sur les origines probables de cette épidémie, sur les causes qui ont pu occasionner une pareille perturbation, je me contenterai d'en décrire les caractères et les symptômes capables de faire diagnostiquer le mal au cas où elle se reproduirait. Voilà ce que je me propose, en homme qui a été lui-même atteint et qui a vu souffrir d'autres personnes. XLIX. - Cette année-là, de l'aveu général, la population avait été particulièrement indemne de toute maladie ; mais toutes celles qui sévissaient aboutissaient à ce mal. En général on était atteint sans indice précurseur, subitement en pleine santé. On éprouvait de violentes chaleurs à la tête ; les yeux étaient rouges et enflammés ; à l'intérieur, le pharynx et la langue devenaient sanguinolents, la respiration irrégulière, l'haleine fétide. A ces symptômes succédaient l'éternuement et l'enrouement ; peu de temps après la douleur gagnait la poitrine, s'accompagnant d'une toux violente ; quand le mal s'attaquait à l'estomac, il y provoquait des troubles et y déterminait, avec des souffrances aiguës, toutes les sortes d'évacuation de bile auxquelles les médecins ont donné des noms. Presque tous les malades étaient pris de hoquets non suivis de vomissements, mais accompagnés de convulsions ; chez les uns ce hoquet cessait immédiatement, chez d'autres il durait fort longtemps. Au toucher, la peau n'était pas très chaude ; elle n'était pas livide non plus, mais rougeâtre avec une éruption de phlyctènes et d'ulcères ; mais à l'intérieur le corps était si brûlant qu'il ne supportait pas le contact des vêtements et des tissus les plus légers ; les malades demeuraient nus et étaient tentés de se jeter dans l'eau froide ; c'est ce qui arriva à beaucoup, faute de surveillance ; en proie à une soif inextinguible, ils se précipitèrent dans des puits. On n'était pas plus soulagé, qu'on bût beaucoup ou peu. L'on souffrait constamment du manque de repos et de sommeil. Le corps, tant que la maladie était dans toute sa force, ne se flétrissait pas et résistait contre toute attente à la souffrance. La plupart mouraient au bout de neuf ou de sept jours, consumés par le feu intérieur, sans avoir perdu toutes leurs forces. Si l'on dépassait ce stade, le mal descendait dans l'intestin ; une violente ulcération s'y déclarait, accompagnée d'une diarrhée rebelle qui faisait périr de faiblesse beaucoup de malades. Le mal, qui commençait par la partie supérieure du corps et qui avait au début son siège dans la tête, gagnait ensuite le corps entier et ceux qui survivaient aux accidents les plus graves en gardaient aux extrémités les traces. Il attaquait les parties sexuelles, l'extrémité des mains et des pieds et l'on n'échappait souvent qu'en perdant une de ces parties ; quelques-uns même perdirent la vue. D'autres, aussitôt guéris, n'avaient plus dès lors souvenir de rien, oubliaient leur personnalité et ne reconnaissaient plus leurs proches. L. - La maladie, impossible à décrire, sévissait avec une violence qui déconcertait la nature humaine. Voici qui montre combien elle différait des épidémies ordinaires : les oiseaux et les quadrupèdes carnassiers ne s'attaquaient pas aux cadavres pourtant nombreux, restés sans sépulture ou, s'ils y touchaient, ils périssaient. Ce qui le prouve, c'est leur disparition avérée ; on n'en voyait ni autour des cadavres, ni ailleurs. C'est ce que l'on pouvait constater sur les chiens accoutumés à vivre en compagnie de l'homme. LI. Sans parler de bien d'autres traits secondaires de la maladie, selon le tempérament de chaque malade, telles étaient en général ses caractéristiques. Pendant sa durée, aucune des affections ordinaires n'atteignait l'homme ; s'il en survenait quelqu'une, elle aboutissait à ce mal. On mourait, soit faute de soins, soit en dépit des soins qu'on vous prodiguait. Aucun remède, pour ainsi dire, ne se montra d'une efficacité générale ; car cela même qui soulageait l'un, nuisait à l'autre. Aucun tempérament, qu'il fût robuste ou faible, ne résista au mal. Tous étaient indistinctement emportés, quel que fût le régime suivi. Ce qui était le plus terrible, c'était le découragement qui s'emparait de chacun aux premières attaques : immédiatement les malades perdaient tout espoir et, loin de résister, s'abandonnaient entièrement. Ils se contaminaient en se soignant réciproquement et mouraient comme des troupeaux. C'est ce qui fit le plus de victimes. Ceux qui par crainte évitaient tout contact avec les malades périssaient dans l'abandon : plusieurs maisons se vidèrent ainsi faute de secours. Ceux qui approchaient les malades périssaient également, surtout ceux qui se piquaient de courage : mus par le sentiment de l'honneur, ils négligeaient toute précaution, allaient soigner leurs amis ; car, à la fin, les gens de la maison eux-mêmes se lassaient, vaincus par l'excès du mal, d'entendre les gémissements des moribonds. C'étaient ceux qui avaient échappé à la maladie qui se montraient les plus compatissants pour les mourants et les malades, car connaissant déjà le mal, ils étaient en sécurité. En effet les rechutes n’étaient pas mortelles. Enviés par les autres, dans l'excès de leur bonne fortune présente, ils se laissaient bercer par l'espoir d'échapper à l'avenir à toute maladie. LII. Ce qui aggrava le fléau, ce fut l'affluence des gens de la campagne dans la ville : ces réfugiés étaient particulièrement touchés. Comme ils n'avaient pas de maisons et qu'au fort de l'été ils vivaient dans des baraques où on étouffait, ils rendaient l'âme au milieu d'une affreuse confusion ; ils mouraient pêle-mêle et les cadavres s'entassaient les uns sur les autres ; on les voyait, moribonds, se rouler au milieu des rues et autour de toutes les fontaines pour s'y désaltérer. Les lieux sacrés où ils campaient étaient pleins de cadavres qu'on n'enlevait pas. La violence du mal était telle qu'on ne savait plus que devenir et que l'on perdait tout respect de ce qui est divin et respectable. Toutes les coutumes auparavant en vigueur pour les sépultures furent bouleversées. On inhumait comme on pouvait. Beaucoup avaient recours à d'inconvenantes sépultures, aussi bien manquait-on des objets nécessaires, depuis qu'on avait perdu tant de monde. Les uns déposaient leurs morts sur des bûchers qui ne leur appartenaient pas, devançant ceux qui les avaient construits et y mettaient le feu ; d'autres sur un bûcher déjà allumé, jetaient leurs morts par-dessus les autres cadavres et s'enfuyaient. LIII. - La maladie déclencha également dans la ville d'autres désordres plus graves. Chacun se livra à la poursuite du plaisir avec une audace qu'il cachait auparavant. A la vue de ces brusques changements, des riches qui mouraient subitement et des pauvres qui s'enrichissaient tout à coup des biens des morts, on chercha les profits et les jouissances rapides, puisque la vie et les richesses étaient également éphémères. Nul ne montrait d'empressement à atteindre avec quelque peine un but honnête ; car on ne savait pas si on vivrait assez pour y parvenir. Le plaisir et tous les moyens pour l'atteindre, voilà ce qu'on jugeait beau et utile. Nul n'était retenu ni par la crainte des dieux, ni par les lois humaines ; on ne faisait pas plus de cas de la piété que de l'impiété, depuis que l'on voyait tout le monde périr indistinctement ; de plus, on ne pensait pas vivre assez longtemps pour avoir à rendre compte de ses fautes. Ce qui importait bien davantage, c'était l'arrêt déjà rendu et menaçant ; avant de le subir mieux valait tirer de la vie quelque jouissance. LIV. - Tels furent les maux dont les Athéniens furent accablés : à l'intérieur les morts, au dehors la dévastation des campagnes. Dans le malheur, comme il est naturel, on se souvint de ce vers que les vieillards déclaraient avoir entendu autrefois : Viendra la guerre dorienne et avec elle la peste. Mais une contestation s'éleva : les uns disaient que dans le vers ancien il n'était pas question de la peste (loimos) mais de la famine (limos) ; bien entendu, vu les circonstances présentes, l'opinion qui prévalut fut qu'il s'agissait de la peste. Car les gens faisaient concorder leurs souvenirs avec les maux qu'ils subissaient. A mon sens, si jamais éclate une autre guerre dorienne et qu'il survienne une famine, vraisemblablement ils modifieront le vers en conséquence. Ceux qui le connaissaient rappelaient également l'oracle rendu aux Lacédémoniens : au moment où ils consultaient le Dieu sur l'opportunité de la guerre, celui-ci leur avait répondu que, s'ils combattaient avec ardeur, ils seraient victorieux et qu'il combattrait à leurs côtés. Ils s'imaginaient que les événements confirmaient l'oracle ; car aussitôt après l'invasion des Péloponnésiens, la maladie avait commencé et elle n'avait pas sévi sur le Péloponnèse, du moins d'une manière qui vaille la peine qu'on en parle. C'est Athènes surtout qui avait été désolée, pins les parties les plus peuplées du territoire. Telles furent les particularités de la peste.

La Politique de Périclès (II, 65)

Τοιαῦτα ὁ Περικλῆς λέγων ἐπειρᾶτο τοὺς Ἀθηναίους τῆς τε ἐς αὑτὸν ὀργῆς παραλύειν καὶ ἀπὸ τῶν παρόντων δεινῶν ἀπάγειν τὴν γνώμην. Οἱ δὲ δημοσίᾳ μὲν τοῖς λόγοις ἀνεπείθοντο καὶ οὔτε πρὸς τοὺς Λακεδαιμονίους ἔτι ἔπεμπον ἔς τε τὸν πόλεμον μᾶλλον ὥρμηντο, ἰδίᾳ δὲ τοῖς παθήμασιν ἐλυποῦντο, ὁ μὲν δῆμος ὅτι ἀπ' ἐλασσόνων ὁρμώμενος ἐστέρητο καὶ τούτων, οἱ δὲ δυνατοὶ καλὰ κτήματα κατὰ τὴν χώραν οἰκοδομίαις τε καὶ πολυτελέσι κατασκευαῖς ἀπολωλεκότες, τὸ δὲ μέγιστον, πόλεμον ἀντ' εἰρήνης ἔχοντες. οὐ μέντοι πρότερόν γε οἱ ξύμπαντες ἐπαύσαντο ἐν ὀργῇ ἔχοντες αὐτὸν πρὶν ἐζημίωσαν χρήμασιν. Ὕστερον δ' αὖθις οὐ πολλῷ, ὅπερ φιλεῖ ὅμιλος ποιεῖν, στρατηγὸν εἵλοντο καὶ πάντα τὰ πράγματα ἐπέτρεψαν, ὧν μὲν περὶ τὰ οἰκεῖα ἕκαστος ἤλγει ἀμβλύτεροι ἤδη ὄντες, ὧν δὲ ἡ ξύμπασα πόλις προσεδεῖτο πλείστου ἄξιον νομίζοντες εἶναι. Ὅσον τε γὰρ χρόνον προύστη τῆς πόλεως ἐν τῇ εἰρήνῃ, μετρίως ἐξηγεῖτο καὶ ἀσφαλῶς διεφύλαξεν αὐτήν, καὶ ἐγένετο ἐπ' ἐκείνου μεγίστη, ἐπειδή τε ὁ πόλεμος κατέστη, ὁ δὲ φαίνεται καὶ ἐν τούτῳ προγνοὺς τὴν δύναμιν. Ἐπεβίω δὲ δύο ἔτη καὶ ἓξ μῆνας· καὶ ἐπειδὴ ἀπέθανεν, ἐπὶ πλέον ἔτι ἐγνώσθη ἡ πρόνοια αὐτοῦ ἡ ἐς τὸν πόλεμον. Ὁ μὲν γὰρ ἡσυχάζοντάς τε καὶ τὸ ναυτικὸν θεραπεύοντας καὶ ἀρχὴν μὴ ἐπικτωμένους ἐν τῷ πολέμῳ μηδὲ τῇ πόλει κινδυνεύοντας ἔφη περιέσεσθαι· οἱ δὲ ταῦτά τε πάντα ἐς τοὐναντίον ἔπραξαν καὶ ἄλλα ἔξω τοῦ πολέμου δοκοῦντα εἶναι κατὰ τὰς ἰδίας φιλοτιμίας καὶ ἴδια κέρδη κακῶς ἔς τε σφᾶς αὐτοὺς καὶ τοὺς ξυμμάχους ἐπολίτευσαν, ἃ κατορθούμενα μὲν τοῖς ἰδιώταις τιμὴ καὶ ὠφελία μᾶλλον ἦν, σφαλέντα δὲ τῇ πόλει ἐς τὸν πόλεμον βλάβη καθίστατο. αἴτιον δ' ἦν ὅτι ἐκεῖνος μὲν δυνατὸς ὢν τῷ τε ἀξιώματι καὶ τῇ γνώμῃ χρημάτων τε διαφανῶς ἀδωρότατος γενόμενος κατεῖχε τὸ πλῆθος ἐλευθέρως, καὶ οὐκ ἤγετο μᾶλλον ὑπ' αὐτοῦ ἢ αὐτὸς ἦγε, διὰ τὸ μὴ κτώμενος ἐξ οὐ προσηκόντων τὴν δύναμιν πρὸς ἡδονήν τι λέγειν, ἀλλ' ἔχων ἐπ' ἀξιώσει καὶ πρὸς ὀργήν τι ἀντειπεῖν. ὁπότε γοῦν αἴσθοιτό τι αὐτοὺς παρὰ καιρὸν ὕβρει θαρσοῦντας, λέγων κατέπλησσεν ἐπὶ τὸ φοβεῖσθαι, καὶ δεδιότας αὖ ἀλόγως ἀντικαθίστη πάλιν ἐπὶ τὸ θαρσεῖν. ἐγίγνετό τε λόγῳ μὲν δημοκρατία, ἔργῳ δὲ ὑπὸ τοῦ πρώτου ἀνδρὸς ἀρχή. οἱ δὲ ὕστερον ἴσοι μᾶλλον αὐτοὶ πρὸς ἀλλήλους ὄντες καὶ ὀρεγόμενοι τοῦ πρῶτος ἕκαστος γίγνεσθαι ἐτράποντο καθ' ἡδονὰς τῷ δήμῳ καὶ τὰ πράγματα ἐνδιδόναι. ἐξ ὧν ἄλλα τε πολλά, ὡς ἐν μεγάλῃ πόλει καὶ ἀρχὴν ἐχούσῃ, ἡμαρτήθη καὶ ὁ ἐς Σικελίαν πλοῦς, ὃς οὐ τοσοῦτον γνώμης ἁμάρτημα ἦν πρὸς οὓς ἐπῇσαν, ὅσον οἱ ἐκπέμψαντες οὐ τὰ πρόσφορα τοῖς οἰχομένοις ἐπιγιγνώσκοντες, ἀλλὰ κατὰ τὰς ἰδίας διαβολὰς περὶ τῆς τοῦ δήμου προστασίας τά τε ἐν τῷ στρατοπέδῳ ἀμβλύτερα ἐποίουν καὶ τὰ περὶ τὴν πόλιν πρῶτον ἐν ἀλλήλοις ἐταράχθησαν. σφαλέντες δὲ ἐν Σικελίᾳ ἄλλῃ τε παρασκευῇ καὶ τοῦ ναυτικοῦ τῷ πλέονι μορίῳ καὶ κατὰ τὴν πόλιν ἤδη ἐν στάσει ὄντες ὅμως τρία {δέκα} μὲν ἔτη ἀντεῖχον τοῖς τε πρότερον ὑπάρχουσι πολεμίοις καὶ τοῖς ἀπὸ Σικελίας μετ' αὐτῶν, καὶ τῶν ξυμμάχων ἔτι τοῖς πλέοσιν ἀφεστηκόσι, Κύρῳ τε ὕστερον βασιλέως παιδὶ προσγενομένῳ, ὃς παρεῖχε χρήματα Πελοποννησίοις ἐς τὸ ναυτικόν, καὶ οὐ πρότερον ἐνέδοσαν ἢ αὐτοὶ ἐν σφίσι κατὰ τὰς ἰδίας διαφορὰς περιπεσόντες ἐσφάλησαν. τοσοῦτον τῷ Περικλεῖ ἐπερίσσευσε τότε ἀφ' ὧν αὐτὸς προέγνω καὶ πάνυ ἂν ῥᾳδίως περιγενέσθαι τὴν πόλιν Πελοποννησίων αὐτῶν τῷ πολέμῳ.

Thucydide, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, II, 65

LXV. - Périclès, par ces paroles, tentait de dissiper la colère dont il était l'objet et de détourner des maux présents la pensée des Athéniens. En ce qui concerne les affaires publiques, ils se rendirent à ses raisons. Ils n'envoyèrent plus désormais d'ambassades aux Lacédémoniens et mirent plus d'ardeur à poursuivre la guerre. Mais les particuliers s'affligeaient de leurs souffrances le peuple se voyait privé des maigres ressources qu'il possédait ; les riches avaient perdu leurs beaux domaines de la campagne, leurs constructions et installations dispendieuses ; on se plaignait surtout d'avoir la guerre au lieu de la paix. Leur colère à tous ne cessa que lorsqu'ils eurent infligé une amende à Périclès, Pourtant peu de temps après, par un revirement dont le peuple est coutumier, ils le réélurent stratège en lui confiant la direction suprême des affaires ; le sentiment des maux particuliers s'émoussait quelque peu et on l'estimait le plus capable de remédier à la situation critique de l'État. Tout le temps que, pendant la paix, il fut à la tête des affaires, il avait fait preuve de modération et de fermeté dans la conduite de l'État, qui sous lui parvint au comble de la puissance la guerre une fois déclarée, on constata qu'il avait évalué exactement la puissance d'Athènes. II ne survécut que deux ans et six mois. Après sa mort on vit mieux encore l'exactitude de ses prévisions. Il avait prédit le succès aux Athéniens s'ils se tenaient en repos, s'ils donnaient tous leurs soins à la marine, s'ils renonçaient à augmenter leur empire pendant la guerre et s'ils ne mettaient pas l'État en danger. Mais sur tous ces points on fit juste le contraire. D'autres entreprises, qui paraissaient sans rapport avec la guerre, furent menées avec la seule préoccupation de la gloriole et de l'intérêt personnels ; elles furent désastreuses pour les Athéniens et leurs alliés. En cas de succès, elles eussent procuré gloire et profit aux particuliers ; leur échec faisait tort à l'État et gênait la conduite des hostilités. Voici la cause de ce changement Périclès avait de l'influence en raison de la considération qui l'entourait et de la profondeur de son intelligence ; il était d'un désintéressement absolu sans attenter à la liberté ; il contenait la multitude qu'il menait, beaucoup plus qu'elle ne le menait. N'ayant acquis son influence que par des moyens honnêtes, il n'avait pas à flatter la foule. Grâce à son autorité personnelle, il pouvait lui tenir tête et même lui montrer son irritation. Chaque fois que les Athéniens s'abandonnaient à contretemps à l'audace et à l'orgueil, il les frappait de crainte s'ils s'effrayaient sans motif, il les ramenait à la confiance. Ce gouvernement portant le nom de démocratie, en réalité c'était le gouvernement d'un seul homme. Mais ses successeurs, dont aucun n'avait sa supériorité et qui voulaient tous se hisser au premier rang étaient portés, pour flatter le peuple, à lui abandonner les affaires. De là tant de fautes, explicables dans un État puissant et possesseur d'un empire étendu ; de là surtout l'expédition de Sicile. Elle échoua moins parce qu'on avait évalué inexactement les forces de l'ennemi que parce que les inspirateurs de l'expédition ne discernèrent pas ce qui dans la suite était nécessaire aux troupes ; préoccupés qu'ils étaient de leurs intrigues, aspirant au premier rang, ils affaiblirent les opérations de l'armée et, pour la première fois, ils provoquèrent des troubles dans le gouvernement intérieur de la ville. Malgré l'échec de Sicile et principalement la perte presque totale de leur marine, malgré la sédition qui régnait à l'intérieur de la ville, ils résistèrent pendant trois ans à leurs ennemis du début, auxquels s'étaient joints les Siciliens et la majorité de nos alliés révoltés, enfin à Cyrus, fils du Roi, qui joignit ses forces aux leurs et fournit aux Péloponnésiens de l'argent pour l'équipement de leur flotte. Ils ne cédèrent qu'une fois abattus par leurs dissensions intestines, tant étaient considérables les ressources qui permettaient à Périclès de prévoir pour les Athéniens une victoire facile sur les seuls Péloponnésiens.