Plutarque, Vie de Périclès (495-429)

Périclès, buste romain, copie d'un original grec, IIe siècle apr. J.-C., marbre. British Museum, Londres.

Biographie de Plutarque, bibliographie La Grèce au Vème siècle
Guerre du Péloponnèse L'art grec
Préface La famille et les maîtres de Périclès
La politique intérieure La politique extérieure
Mort de Périclès Comparaison entre Périclès et Fabius Maximus

Préface (§ 1-2)

[1 (152)]

Alexandre, fils de Philippe de Macédoine, jouait, comme Achille, de la cithare. Ce qu’on lui reproche ici, c’est le goût de la virtuosité et le fait d’avoir participé à des concours. Plutarque songe certainement à Néron, qui se produisait au théâtre.

[2 (153 a-c)]

Le statut de l’artiste à Athènes et à Rome ! Un simple artisan, à peine plus qu’un esclave. Cela restera vrai jusqu’au XVIIème siècle, avec des nuances. La seule activité digne d’un homme bien né, c’est la politique.

Cette introduction nous précise donc quel est le projet initial de Périclès dans ses Vies : un projet essentiellement moral, où l'histoire est considérée comme un recueil d' "exempla", et destiné à l'édification morale des lecteurs. Ainsi peut s'expliquer l'opposition – traditionnelle ! – entre l'art, qui ne procure qu'une satisfaction esthétique, et la pratique de la vertu, qui incite réellement à bien agir, donc peut "changer la vie". Une opposition qui nous semble aujourd'hui bien contestable...

Par ailleurs, noter la forme très rhétorique de cette introduction : parallélismes et oppositions soulignées, usage des anecdotes... Le but est évidemment pédagogique.

Cela dit, au fur et à mesure que le projet des Vies avancera, les héros seront de moins en moins exemplaires (voir les aventuriers Démétrios, Alcibiade, Alexandre, Antoine...), et l'intérêt de Plutarque pour la "psychologie" des personnages l'emportera sur l'aspect moral, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Famille et maîtres de Périclès (§ 3-6)

[3 (153 d-e)]

Le dème (δῆμος) est une circonscription territoriale, créée par Clisthène en 508 ; il en existe une centaine ; l’assemblée du dème élit un démarque qui dresse le cadastre, administre les biens du dème, dirige la police municipale et dispose de quelques pouvoirs de justice. Les dèmes sont regroupés en 30 trittyes (τριττύς) : 10 pour la ville, 10 pour la côte et 10 pour l’intérieur des terres. Trois trittyes (une prise dans chaque catégorie) forment une tribu (φυλή) ; la tribu n’a donc pas d’existence territoriale, mais seulement morale ; elle est le cadre de l’administration athénienne : elle fournit les 50 bouleutes d’une prytanie et sert de base au recrutement de l’armée.

Eupolis est un contemporain et un rival d’Aristophane. Dans sa comédie Les Dèmes, il met en scène Solon, Miltiade, Aristide et Périclès revenant des Enfers pour donner des leçons aux hommes.

[4 (153 f – 154c]

« Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Élée!
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas! »

Noter le caractère nettement péjoratif de cette présentation des « maîtres » de Périclès :

Aucun de ces trois-là ne peut trouver grâce aux yeux de Plutarque, disciple de Platon.

Noter également que l’on cite volontiers les Comiques, comme aujourd’hui la presse « people » ; la Comédie jouait un peu le même rôle, multipliant les attaques ad personam, et ne reculant pas devant les pires ragots. Cf. Aristophane.

[5 (154c-e)]

Voici le texte de Platon (Phèdre, 270a) :

[270] (Σωκράτης) πᾶσαι ὅσαι μεγάλαι τῶν τεχνῶν προσδέονται (270a) ἀδολεσχίας καὶ μετεωρολογίας φύσεως πέρι· τὸ γὰρ ὑψηλόνουν τοῦτο καὶ πάντῃ τελεσιουργὸν ἔοικεν ἐντεῦθέν ποθεν εἰσιέναι. Ὅ καὶ Περικλῆς πρὸς τῷ εὐφυὴς εἶναι ἐκτήσατο· προσπεσὼν γὰρ οἶμαι τοιούτῳ ὄντι Ἀναξαγόρᾳ, μετεωρολογίας ἐμπλησθεὶς καὶ ἐπὶ φύσιν νοῦ τε καὶ διανοίας ἀφικόμενος, ὧν δὴ πέρι τὸν πολὺν λόγον ἐποιεῖτο Ἀναξαγόρας, ἐντεῦθεν εἵλκυσεν ἐπὶ τὴν τῶν λόγων τέχνην τὸ πρόσφορον αὐτῇ.

[270] — (SOCRATE) : Tous ceux des arts qui ont du prix réclament un complément de bavardage (270a) et de rêverie spéculative concernant la Nature, car c'est bien de là que s'introduisent en eux la sublimité de pensée qui les caractérise et la perfection de leurs oeuvres à tous égards. C'est même de ce complément que Périclès a joint la possession à ses qualités naturelles. La raison en est, je crois, que, étant tombé sur Anaxagore, lequel était un homme de l'espèce en question, il se gorgea de rêveries spéculatives et en vint à considérer, sujet duquel Anaxagore avait abondamment parlé, la nature de l'intelligence, comme de l'absence d'intelligence; d'où il tira, en vue de l'art de la parole, ce qui s'y appliquait.

Cimon, fils de Miltiade, dut mener une vie difficile après la condamnation de son père – celui-ci, ayant échoué dans le siège de Paros, fut condamné à une forte amende qu’il ne put payer, et mourut en 489. Ayant retrouvé son rang grâce au mariage de sa sœur avec le riche Callias, il poursuit la guerre contre les Perses et remporte d’importantes victoires. Favorable à Sparte, il lui fait envoyer des secours lors de la révolte des hilotes : cette politique pro-spartiate lui vaut d’être ostracisé – en partie grâce à Périclès et à son ami Éphialte – en 461. Il est rappelé à la suite de défaites athéniennes et dirige la politique extérieure d’Athènes, laissant le champ libre aux démocrates à l’intérieur. Il meurt au siège de Cittion, à Chypre, en 449. Il est donc l’adversaire de Périclès.

[6 (154e- 155b]

SingulierPluriel
Nom.
Voc.
Acc.
Gén.
Dat.
ὁ νεώς
νεώς
τὸν νεών
τοῦ νεώ
τῷ νεῴ
οἱ νεῴ
νεῴ
τοὺς νεώς
τῶν νεών
τοῖς νεῴς

Cette digression sur la divination, que Plutarque cherche à « sauver » après avoir semblé rejeter la superstition, n’est pas sans évoquer la doctrine stoïcienne, sur les incohérences de laquelle Cicéron ironisait d’ailleurs dans son De Diuinatione (II, 22-24).

La politique intérieure de Périclès (§7- 16)

[7 (155c-156a)]

Pisistrate instaura, de 546 à 527, un régime « tyrannique » – au sens où son pouvoir, illimité, n’était pas légitimé par une succession monarchique, mais dont le caractère démocratique est évident : il travailla au bien-être du peuple, notamment en limitant le pouvoir de l’aristocratie, développa le commerce et l’industrie, protégea les lettres, et fit construire le temple de Zeus Olympien et l’Hekatompédon. C’est avec lui que commence la grandeur d’Athènes. Ses deux fils, Hipparque et Hippias lui succèdent : le premier sera tué en 514 par les tyrannochtones, le second renversé et chassé d’Athènes en 510. Comparer Périclès et Pisistrate n’est pas innocent : comme lui, c’est un aristocrate favorable au peuple, et en même temps, c’est rappeler aux Athéniens la chute dramatique des Pisistratides, et la gloire qui entoure ceux qui les ont vaincus.

Εὐθὺς δὲ καὶ τοῖς περὶ τὴν δίαιταν ἑτέραν τάξιν ἐπέθεκεν. il appliqua aussitôt également, aux affaires concernant son mode de vie, une autre disposition. τοῖς περὶ τὴν δίαιταν = expression substantivée.

[8 (156a-e)]

Les clérouques sont des Athéniens, pris dans la dernière classe, et qui reçoivent un lot de terre dans les colonies d’Athènes (clérouquies). Celles-ci ne sont pas indépendantes, mais sont soumises au droit et aux magistrats athéniens.

[9 (156e – 157b)]

Citation de Thucydide, 2, 65, 9 (voir texte)

Revoir les impératifs.

revoir les verbes en –μι, notamment ceux en -νυμι

Pour la réforme de l’Aréopage, voir Aristote, Constitution d’Athènes, 23, 25, et 55-59.

[10 (157b-158a)]

Il est question ici d’Elpinice, sœur de Cimon. Périclès ne se montre guère galant à son égard, et fera pire encore plus tard, lors de la prise de Samos. Cf. § 28

Revoir les emplois de l'optatif.

[11 (158a – d)]

[12 (158d – 159c)]

Songeons aux millions d’euros que les constructions de Phidias apportent encore aujourd’hui à la Grèce…

[13 (159d – 160e)]

Voir aussi l'art grec.

[14 (160f – 161a]

[15 (161a-d)]

Revoir la conjugaison de ἵημι

[16 (161-162d]

Grande injustice des « Comiques » aussi bien à l’égard de Pisistrate (qui a efficacement lutté contre les Oligarques et les grands propriétaires) qu’à celui de Périclès, grand dirigeant démocrate : les poètes comiques seraient-ils toujours au service des riches et des puissants ? Voir Aristophane… Plutarque s’appuie donc sur une étude de l’opinion publique, au travers des œuvres littéraires.

Revoir les emplois de l’optatif.

La politique extérieure de Périclès (§17- 39)

[17 (162d - f)]

  • ἄχθεσθαι : souffrir, être importuné de
  • ἐπαίρω : élever, exciter
  • κατέπρησαν : aoriste de καταπίμπρημι : brûler entièrement
  • θυσία, ας : sacrifice
  • εὐξάμενος < εὔχομαι : prier, adresser un vœu.
  • ἐπῄεσαν < παρεῖμι : aller (imparfait, 3ème pers. du pl.)
  • Revoir la conjugaison de εἶμι
  • παρεθέμην < παρατίθημι (aoriste moyen)
  • Carte de la Grèce : repérer les différents trajets.

    [18 (163 a-b)]

    La bataille de Coronée, en Béotie, eut lieu en 447 ; elle vit périr entre autres Cleinias, le père d’Alcibiade. Voir Thucydide, I, 113.

    [19 (163 c – e)]

    Expédition de Chersonnèse :

    La Chersonèse de Thrace, aujourd'hui presqu'île de Gallipoli, est la presqu’île « en forme de main » qui se trouve au Nord de la mer Egée, à la frontière de la Macédoine et de la Thrace ; elle avait déjà été fortifiée par l’Athénien Miltiade, qui en avait été le tyran de 561 à 555. Elle fait partie de la Chalcidique (capitale Thessalonique).