LUCIEN DE SAMOSATE (115-190 ap. J-C)

Portrait fictif de Lucien de Samosate, par le peinte anglais William Faithorne (1626 ou 27) ; Wikimedia Commons

Né en Syrie, dans la province de Commagène (sud de l'actuelle Turquie), Lucien fit ses études à Smyrne au temps d'Hadrien, et atteignit sa maturité littéraire à l'époque d'Antonin le Pieux, c'est à dire à l'apogée de l'empire romain. Il est d'abord rhéteur-conférencier, voyage beaucoup, et accumule une fortune importante. Puis il s'intéresse à la philosophie, et, vers 150, il s'installe à Athènes. Il fréquente toutes les écoles, avec une préférence pour l'épicurisme, mais il rejette tout dogmatisme, et il n'hésite pas à ridiculiser ses confrères, notamment stoïciens. Vers 163, il revient à Antioche et à Samosate ; et au début des années 70, il fait un séjour prolongé en Égypte, où il occupe un poste administratif auprès du préfet C. Calvisius Statianus. Dans sa vieillesse, il revint probablement à Athènes.

Voir l'article de Philippe Renault sur Lucien.

Son oeuvre est considérable : plus de 80 opuscules, en grande majorité authentiques.

Oeuvres autobiographiques :

Petits dialogues :

Grands dialogues :

Oeuvres parodiques ou bouffonnes

Nouvelles et contes :

et quelques poésies :

  • Sur la tragédie de la goutte.
  • Textes de Lucien

    Dialogue des Dieux

    Naissance d'Athéna

    Vase attique à figures noires

    ἩΦΑΙΣΤΟΣ – Τί με, ὦ Ζεῦ, δεῖ ποιεῖν ; ἥκω γὰρ, ὡς ἐκέλευσας, ἔχων τὸν πέλεκυν ὀξύτατον, εἰ καὶ λίθους δέοι μιᾷ πληγῇ διατεμεῖν.

    ΖΕΥΣ – Εὖ γε, ὦ Ἥφαιστε· ἀλλὰ δίελέ μου τὴν κεφαλὴν εἰς δύο κατενεγκών.

    ἭΦ. – Πειρᾷ μου, εἰ μέμηνα ; πρόσταττε δ'οὖν τἀληθές1 ὅπερ θέλεις σοι γενέσθαι.

    ΖΕ. – Τοῦτο αὐτό, διαιρεθῆναί μοι τὸ κρανίον· εἰ δὲ ἀπειθήσεις, οὐ νῦν πρῶτον2 ὀργιζομένου πειράσῃ3 μου· ἀλλὰ χρὴ καθικνεῖσθαι παντὶ τῷ θυμῷ μηδὲ μέλλειν· ἀπόλλυμαι γὰρ ὑπὸ τῶν ὠδίνων, αἵ μοι τὸν ἐγκέφαλον ἀναστρέφουσιν.

    ἭΦ. – Ὅρα, ὦ Ζεῦ, μὴ κακόν τι ποιήσωμεν· ὀξὺς γὰρ ὁ πελεκύς ἐστι καὶ οὐκ ἀναιμωτὶ οὐδὲ κατὰ τὴν Εἰλήθυιαν4 μαιώσεταί σε.

    Ζε. – Κατένεγκε μόνον, ὦ Ἥφαιστε, θαρρῶν· οἶδα γὰρ ἐγὼ τὸ συμφέρον.

    ἭΦ. – Κατοίσω· τί γὰρ χρὴ ποιεῖν σοῦ κελεύοντος ; Τί τοῦτο ; κόρη ἔνοπλος ; μέγα, ὦ Ζεῦ, κακὸν εἶχες ἐν τῇ κεφαλῇ· εἰκότως γοῦν ὀξύθυμος ἦσθα [...] ἧ που5 στρατόπεδον, οὐ κεφαλὴν ἐλελήθεις6 ἔχων· ἡ δὲ πηδᾷ καὶ πυρριχίζει καὶ τὴν ἀσπίδα τινάσσει [...]· γλαυκῶπις μέν, ἀλλὰ κοσμεῖ τοῦτο ἡ κόρυς· ὥστε, ὦ Ζεῦ, μαίωτρά μοι ἀπόδος ἐγγυήσας ἤδη αὐτήν.

    Ζε. – Ἀδύνατα αἰτεῖς, ὦ Ἥφαιστε· παρθένος γὰρ ἀεὶ ἐθελήσει μένειν.

    Lucien, Dialogue des dieux, 225-226.

     

    Héphaïstos : Que faut-il que je fasse, Zeus ? Me voici comme tu l'as ordonné, avec ma hâche la plus tranchante, pour le cas où il faudrait fendre des pierres d'un seul coup.

    Zeus : Fort bien, Héphaïstos. Hé bien fends-moi la tête en deux d'un coup.

    H. : Tu me testes, pour savoir si je suis fou ? Ordonne donc ce que tu veux pour de vrai.

    Z. : Cela même, que tu me fendes le crâne ; si tu désobéis, ce ne sera pas la première fois que tu fais l'expérience de ma colère ; hé bien, il faut frapper de tout ton cœur sans tarder ; je meurs sous l'effet des douleurs de l'accouchement, qui me mettent la tête à l'envers.

    H. : Vois, Zeus, à ce que nous ne fassions pas de bêtises ; c'est que la hache est tranchante, et ce n'est pas sans effusion de sang, ni selon la méthode d'Ilithye, qu'elle va te délivrer.

    Z. : Frappe seulement, Héphaïstos, courage ! Moi je sais ce qui est utile.

    H. : Soit. Que faire, quand tu ordonnes ?... Qu'est ceci ? Une jeune fille en armes ? Tu avais un grand mal à la tête, Zeus ; pas étonnant que tu aies été colérique : ce n'était pas une tête que tu avais sans qu'on le sache, mais un camp militaire !  Elle bondit, danse la Pyrrique et brandit son bouclier […] ; elle a les yeux pers, mais son casque brille ; en guise d'honoraires, Zeus, donne-la moi donc en mariage.

    Z. : Tu demandes des choses impossibles, Héphaïstos : elle voudra toujours rester vierge.

    1. τἀληθές est ici adverbial : « en réalité , « pour de vrai »
    2. Zeus, lors d'une précédente colère, avait précipité Héphaistos du haut de l'Olympe.
    3. πειράσῃ = πειράσει
    4. κατὰ τὴν Εἰλήθυιαν: « selon la méthode d'Ilithye (déesse de l'enfantement) »
    5. ἧ που: « vraiment »
    6. ἐλελήθεις ἔχων : « tu avais, sans qu'on le sache » (du verbe λανθάνω)
    7.  

      Le tyran et le savetier

      Ὁ μέν γε τύραννος εὐδαίμων εἶναι δοκῶν παρὰ τὸν βίον, φοβερὸς ἅπασι καὶ περίβλεπτος, ἀπολιπὼν χρυσὸν τοσοῦτον καὶ ἀργύριον καὶ ἐσθῆτα καὶ ἵππους καὶ δεῖπνα καὶ παῖδας ὡραίους καὶ γυναῖκας εὐμόρφους εἰκότως ἠνιᾶτο καὶ ἀποσπώμενος αὐτῶν ἤχθετο. Οὐ γὰρ οἶδ' ὅπως καθάπερ ἰξῷ τινι προσέχεται τοῖς τοιούτοις ἡ ψυχὴ καὶ οὐκ ἐθέλει ἀπαλλάττεσθαι ῥᾳδίως ἅτε αὐτοῖς πάλαι προστετηκυῖα· μᾶλλον δὲ ὥσπερ ἀρρηκτός τις οὗτος ὁ δεσμός ἐστιν, ᾧ δεδέσθαι συμβέβηκεν αὐτούς. Ἐγὼ δὲ ἅτε μηδὲν ἔχων ἐνέχυρον ἐν τῷ βίῳ, οὐκ ἀγρόν, οὐ συνοικίαν, οὐ χρυσόν, οὐ σκεῦος, οὐ δόξαν, οὐκ εἰκόνας, εἰκότως εὔζωνος ἦν· κἀπειδὴ μόνον ἡ Ἄτροπος ἔνευσέ μοι, ἄσμενος ἀπορρίψας τὴν σμίλην καὶ τὸ κάττυμα – κρηπῖδα γάρ τινα ἐν ταῖν χεροῖν εἶχον - ἀναπηδήσας εὐθὺς ἀνυπόδετος οὐδὲ τὴν μελαντηρίαν ἀπονιψάμενος εἰπόμην, μᾶλλον δὲ ἡγούμην, ἐς τὸ πρόσω ὁρῶν· οὐδὲν γάρ με τῶν κατόπιν ἐπέστρεφεν καὶ μετεκάλει.

      Καὶ νὴ Δί' ἤδη καλὰ τὰ παρ' ὑμῖν πάντα ὁρῶ· τό τε γὰρ ἰσοτομίαν ἅπασιν εἶναι καὶ μηδένα τοῦ πλησίον διαφέρειν, ὑπερήδιστον ἐμοὶ γοῦν δοκεῖ. Τεκμαίρομαι δὲ μηδ' ἀπαιτεῖσθαι τὰ χρέα τοὺς ὀφείλοντας ἐνταῦθα μηδὲ φόρους ὑποτελεῖν, τὸ δὲ μέγιστον, μηδὲ ῥιγοῦν τοῦ χειμῶνος μηδὲ νοσεῖν μηδ' ὑπὸ τῶν δυνατωτέρων ῥαπίζεσθαι. Εἰρήνη δὲ πᾶσα καὶ πράγματα ἐς τὸ ἔμπαλιν ἀνεστραμμένα· ἡμεῖς μὲν γὰρ οἱ πένητες γελῶμεν, ἀνιῶνται δὲ καὶ οἰμώζουσιν οἱ πλούσιοι.

      Lucien, La Traversée des Enfers ou le Tyran

       

      Le tyran qui semblait être heureux durant sa vie, craint et admiré de tous, ayant abandonné tant d'or, d'argent, et vêtements, chevaux, festins, enfants charmants et belles femmes, tout naturellement s'affligeait et supportait mal cet arrachement. En effet je ne sais comment, l'âme s'attache à de tels bien comme avec de la glu et n'accepte pas facilement d'en être délivrée, comme si elle était fondue en eux depuis longtemps. Ou plutôt, c'est comme par un lien incassable qu'il arrive à ces gens d'être attachés.

      Mais moi, n'ayant aucun intérêt dans cette vie, ni champ, ni immeuble, ni or, ni biens mobiliers, ni réputation, ni statues, tout naturellement, j'étais prêt à partir ; et dès qu'Atropos m'a fait signe, j'ai volontiers jeté mon tranchet et mon cuir – j'avais en effet une chaussure dans les mains – j'ai bondi aussitôt, nu-pieds, sans même essuyer mon cirage noir, et je la suivais, ou plutôt je la conduisais, regardant devant moi : rien en effet ne me fit retourner ni me rappela.

      Et par Zeus, je vois que tout est beau chez vous. Qu'en effet, l'égalité de condition existe pour tous et personne ne l'emporte sur un autre par la richesse, cela me semble super-agréable. Je conjecture qu'ici l'on ne réclame pas leurs dettes aux débiteurs, que l'on ne paye pas d'impôts, et surtout que l'on n'a pas froid l'hiver, que l'on n'est pas malade, et que l'on n'est pas battu par les plus puissants. Tout est paix, et les affaires sont mises sens dessus dessous : en effet, nous, les pauvres, nous rions, et les riches s'affligent et se lamentent.

      Lucien, Le Navire, ou les souhaits.

      Sur la route d'Athènes, au retour du Pirée, où ils ont contemplé un magnifique navire de commerce, trois badauds évoquent la vie qu'ils mèneraient si les Dieux leur donnaient la richesse. L'un d'eux, Adeimantos, commence ainsi :

      [22] (ΑΔΕΙΜΑΝΤΟΣ) Τὰ σὰ ῥυθμιεῖς πιθανώτερον, ὦ Λυκῖνε, μετ´  ὀλίγον, ἐπειδὰν αὐτὸς αἰτῇς. σθὴς ἐπὶ τούτοις ἁλουργὶς καὶ ὁ βίος οἷος ἁβρότατος, ὕπνος ἐφ´  ὅσον ἥδιστος, φίλων πρόσοδοι καὶ δεήσεις καὶ τὸ  ἅπαντας ὑποπτήσσειν καὶ προσκυνεῖν, καὶ οἱ μὲν  ἕωθεν πρὸς ταῖς θύραις ἄνω καὶ κάτω περιπατήσουσιν, ἐν αὐτοῖς δὲ καὶ Κλεαίνετος καὶ Δημόκριτος [1] οἱ πάνυ, καὶ προσελθοῦσιν γε αὐτοῖς καὶ πρὸ τῶν  ἄλλων εἰσδεχθῆναι ἀξιοῦσι θυρωροὶ ἑπτὰ ἐφεστῶτες, εὐμεγέθεις βάρβαροι, προσαραξάτωσαν ἐς τὸ  μέτωπον εὐθὺ τὴν θύραν, οἷα νῦν αὐτοὶ ποιοῦσιν. γὼ δέ, ὁπόταν δόξῃ, προκύψας ὥσπερ ὁ ἥλιος ἐκείνων μὲν οὐδ´ ἐπιβλέψομαι ἐνίους, εἰ δέ τις πένης, οἷος ἦν ἐγὼ πρὸ τοῦ θησαυροῦ, φιλοφρονήσομαι  τοῦτον καὶ λουσάμενον ἥκειν κελεύσω  τὴν ὥραν ἐπὶ τὸ δεῖπνον. Οἱ δὲ ἀποπνιγήσονται οἱ  πλούσιοι ὁρῶντες ὀχήματα, ἵππους καὶ παῖδας ὡραίους ὅσον δισχιλίους, ἐξ ἁπάσης ἡλικίας ὅ τι περ τὸ ἀνθηρότατον.

      [23] εἶτα δεῖπνα ἐπὶ χρυσοῦ— εὐτελὴς γὰρ ὁ ἄργυρος καὶ οὐ κατ´ ἐμέ—, τάριχος μὲν ἐξ Ἰβηρίας, οἶνος δὲ ἐξ Ἰταλίας, ἔλαιον δὲ ἐξ Ἰβηρίας καὶ τοῦτο, μέλι δὲ ἡμέτερον τὸ ἄπυρον [2], καὶ ὄψα πανταχόθεν καὶ σύες καὶ λαγώς, καὶ ὅσα πτηνά, ὄρνις ἐκ Φάσιδος καὶ ταὼς ἐξ Ἰνδίας καὶ ἀλεκτρυὼν ὁ Νομαδικός[3] · οἱ δὲ σκευάζοντες ἕκαστα σοφισταί τινες περὶ πέμματα καὶ χυμοὺς[4] ἔχοντες. Εἰ δέ τινι προπίοιμι σκύφον ἢ φιάλην αἰτήσας, ὁ ἐκπιὼν ἀποφερέτω καὶ τὸ ἔκπωμα.

      Lucien, Le Navire ou les souhaits, § 22-23.

      [22] (ADEIMANTOS) Tu régleras tes souhaits avec plus de vraisemblance, Lykinos, tout à l'heure, quand tu en formeras toi-même. En outre, je m'habillerai de pourpre, je mènerai la vie la plus délicate, je prolongerai mon sommeil autant qu'il me plaira. Mes amis viendront me visiter et me demander des grâces. Dès le matin, les gens feront les cent pas à ma porte, et parmi eux Kléainétos et Dèmocritos, ces grands personnages. Quand ils s'approcheront et demanderont à être introduits les premiers, sept portiers barbares, d'une taille gigantesque, debout sur le seuil, leur jetteront tout droit la porte au nez, comme ces riches le font eux-mêmes à présent. Et moi, lorsqu'il me plaira, j'avancerai la tête dehors comme le soleil levant, et certains de ces courtisans n'obtiendront même pas un regard de moi; mais, si j'aperçois un pauvre tel que j'étais moi-même avant la découverte de mon trésor, je l'accueillerai avec bonté et l'inviterai à venir après le bain, à l'heure du dîner, pour se mettre à table avec moi. Mais les autres, les riches seront suffoqués de dépit, en voyant mes voitures, mes chevaux, mes beaux esclaves, dont le nombre ne sera pas loin de deux mille, choisis, quel que soit leur âge, parmi les plus gracieux.

      [23] A ma table, on ne verra que de la vaisselle d'or, car l'argent est trop vil et n'est pas digne de moi. Le poisson salé me viendra d'Ibérie, le vin d'Italie, l'huile d'Ibérie aussi. Le miel sera de chez nous, mais recueilli sans feu. Tous les pays me fourniront des mets, des sangliers et des lièvres, et toutes sortes de volailles, oiseau du Phase, paon de l'Inde, coq de Numidie. Pour apprêter chaque espèce de mets, j'aurai d'habiles cuisiniers, qui veilleront à la composition des gâteaux et des sauces. Si je demande une coupe ou une tasse pour porter la santé de quelqu'un, celui qui aura épuisé la coupe, l'emportera.

      1. Cléainétos et Démocrite sont des personnages fictifs.
      2. Le miel est dit « sans feu » parce qu'il a été recueilli sans que les ruches aient été enfumées ; il n'a donc pas le goût de la fumée.
      3. ὄρνις ἐκ Φάσιδος καὶ ταὼς ἐξ Ἰνδίας καὶ ἀλεκτρυὼν ὁ Νομαδικός désignent le faisan, le paon et la pintade.
      4. πέμματα καὶ χυμοὺς = les cuissons et les sauces.

      L'instrument ne fait pas l'artiste

      Οὐκ ἄκαιρον δ´ ἂν γένοιτο καὶ Λέσβιον μῦθόν τινα διηγήσασθαί σοι πάλαι γενόμενον. ὅτε τὸν Ὀρφέα διεσπάσαντο αἱ Θρᾷτται, φασὶ τὴν κεφαλὴν αὐτοῦ σὺν τῇ λύρᾳ εἰς τὸν Ἕβρον ἐμπεσοῦσαν ἐκβληθῆναι εἰς τὸν μέλανα κόλπον, καὶ ἐπιπλεῖν γε τὴν κεφαλὴν τῇ λύρᾳ, τὴν μὲν ᾄδουσαν θρῆνόν τινα ἐπὶ τῷ Ὀρφεῖ, ὡς λόγος, τὴν λύραν δὲ αὐτὴν ὑπηχεῖν τῶν ἀνέμων ἐμπιπτόντων ταῖς χορδαῖς, καὶ οὕτω μετ´ ᾠδῆς προσενεχθῆναι τῇ Λέσβῳ, κἀκείνους ἀνελομένους τὴν μὲν κεφαλὴν καταθάψαι ἵναπερ νῦν τὸ Βακχεῖον αὐτοῖς ἐστι, τὴν λύραν δὲ ἀναθεῖναι εἰς τοῦ Ἀπόλλωνος τὸ ἱερόν, καὶ ἐπὶ πολύ γε σώζεσθαι αὐτήν. Xρόνῳ δὲ ὕστερον Νέανθον τὸν τοῦ Πιττακοῦ τοῦ τυράννου ταῦτα ὑπὲρ τῆς λύρας πυνθανόμενον, ὡς ἐκήλει μὲν θηρία καὶ φυτὰ καὶ λίθους, ἐμελῴδει δὲ καὶ μετὰ τὴν τοῦ Ὀρφέως συμφορὰν μηδενὸς ἁπτομένου, εἰς ἔρωτα τοῦ κτήματος ἐμπεσεῖν καὶ διαφθείραντα τὸν ἱερέα μεγάλοις χρήμασι πεῖσαι ὑποθέντα ἑτέραν ὁμοίαν λύραν δοῦναι αὐτῷ τὴν τοῦ Ὀρφέως. λαβόντα δὲ μεθ´ ἡμέραν μὲν ἐν τῇ πόλει χρῆσθαι οὐκ ἀσφαλὲς οἴεσθαι εἶναι, νύκτωρ δὲ ὑπὸ κόλπου ἔχοντα μόνον προελθεῖν εἰς τὸ προάστειον καὶ προχειρισάμενον κρούειν καὶ συνταράττειν τὰς χορδὰς ἄτεχνον καὶ ἄμουσον νεανίσκον, ἐλπίζοντα μέλη τινὰ θεσπέσια ὑπηχήσειν τὴν λύραν ὑφ´ ὧν πάντας καταθέλξειν καὶ κηλήσειν, καὶ ὅλως μακάριον ἔσεσθαι κληρονομήσαντα τῆς Ὀρφέως μουσικῆς· ἄχρι δὴ συνελθόντας τοὺς κύνας πρὸς τὸν ἦχον — πολλοὶ δὲ ἦσαν αὐτόθι — διασπάσασθαι αὐτόν, ὡς τοῦτο γοῦν ὅμοιον τῷ Ὀρφεῖ παθεῖν καὶ μόνους ἐφ´ ἑαυτὸν συγκαλέσαι τοὺς κύνας. ὅτεπερ καὶ σαφέστατα ὤφθη ὡς οὐχ ἡ λύρα ἡ θέλγουσα ἦν, ἀλλὰ ἡ τέχνη καὶ ἡ ᾠδή, ἃ μόνα ἐξαίρετα τῷ Ὀρφεῖ παρὰ τῆς μητρὸς ὑπῆρχεν· ἡ λύρα δὲ ἄλλως κτῆμα ἦν, οὐδὲν ἄμεινον τῶν ἄλλων βαρβίτων. Καὶ τί σοι τὸν Ὀρφέα ἢ τὸν Νέανθον λέγω, ὅπου καὶ καθ´ ἡμᾶς αὐτοὺς ἐγένετό τις καὶ ἔτι ἐστίν, οἶμαι, ὃς τὸν Ἐπικτήτου λύχνον τοῦ Στωϊκοῦ κεραμεοῦν ὄντα τρισχιλίων δραχμῶν ἐπρίατο; ἤλπιζεν γὰρ οἶμαι κἀκεῖνος, εἰ τῶν νυκτῶν ὑπ´ ἐκείνῳ τῷ λύχνῳ ἀναγιγνώσκοι, αὐτίκα μάλα καὶ τὴν Ἐπικτήτου σοφίαν ὄναρ ἐπικτήσεσθαι καὶ ὅμοιος ἔσεσθαι τῷ θαυμαστῷ ἐκείνῳ γέροντι.

      Contre un ignorant bibliomane, 11-13.

      Il ne serait pas hors de propos de te raconter une histoire de Lesbos arrivée autrefois. Lorsque les femmes de Thrace eurent mis en pièces Orphée, on dit que sa tête, tombée dans l'Hèbre avec sa lyre fut transportée vers le golfe Mélane, et que la tête flottait sur la lyre, l'une chantant un chant funèbre sur Orphée, dit-on, la lyre l'accompagnait, les vents frappant les cordes, et ainsi elles furent portées en musique à Lesbos, et les habitants de ce pays, les ayant prises, ensevelirent la tête là où se trouve précisément aujourd'hui leur temple de Bacchus, et ils placèrent la lyre dans le temple d'Apollon, et ils la conservèrent longtemps. Plus tard Néanthos, fils du tyran Pittakos, ayant appris que la lyre charmait les bêtes sauvages, les plantes et les pierres, et qu'elle chantait même après la mort d'Orphée sans que personne la touche, fut pris du désir de la posséder et ayant corrompu avec de grosses sommes d'argent le prêtre, il le persuade de lui substituer une autre lyre tout à fait semblable et de lui donner celle d'Orphée. L'ayant prise, il pensa qu'il n'était pas prudent de l'utiliser dans la cité durant le jour, et la nuit, la tenant sous son vêtement, il part seul vers le faubourg, et l'ayant pris en main, ce jeune ignorant, inapte à la musique, de frapper et de torturer les cordes, espérant que la lyre allait rendre des chants divins, par lesquels il charmerait et enchanterait tous les hommes, et serait totalement heureux, ayant hérité de la musique d'Orphée ! Jusqu'à ce que des chiens accourus au bruit – et ils étaient nombreux à cet endroit -  le mettent en pièces, de sorte qu'en cela du moins il subit le même sort qu'Orphée, et il n'attira vers lui que des chiens. Cet événement montra de la manière la plus claire que ce n'était pas la lyre qui produisait le sortilège, mais l'art et le chant, qui seuls, à un degré exceptionnel, venaient à Orphée de sa mère. La lyre par ailleurs était un objet, nullement supérieur aux autres instruments. Mais pourquoi te parler d'Orphée et de Néanthos, puisque de nos jours il se trouva quelqu'un – et il vit encore, je crois – qui acheta trois mille drachmes la lampe d'argile du stoïcien Epictète ? Lui aussi espérait, je pense, s'il étudiait la nuit à la lumière de cette lampe, acquérir sur le champ et comme en rêve la sagesse d'Epictète, et devenir semblable à cet admirable vieillard !