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Introduction à l'histoire grecque : influence de la civilisation grecque. |
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La civilisation crétoise (2000-1380 av. J-C) La légende des “siècles obscurs” (XIIIème-VIIIème siècle) |
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Xème-Vème siècle |
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Vème-IVème siècle |
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Les guerres médiques |
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L'hégémonie d'Athènes (479-428)
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La guerre du Péloponnèse (431-404) |
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Les suites de la guerre (404-357) |
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IVème IIème siècle |
La Grèce hellénistique |
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Le démembrement de l'empire d'Alexandre |
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Les épigones et la conquête romaine |
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La Mésopotamie vue par les Grecs et les Romains :entre fantasme et réalité (par Nadia Pla-Massoudy).
| Les institutions athéniennes | pouvoir et institutions politiques | Les assemblées |
| Les magistrats | ||
| La justice | ||
| La société athénienne | ||
| Les institutions spartiates | ||
L'histoire de la Grèce antique indépendante débute aux environs de 1500 av. J-C., mais de cette période jusqu'à 776 av. J-C. nous ne connaissons que des légendes transmises par la tradition. Si nous considérons seulement la période véritablement historique pour laquelle nous possédons de nombreux documents (monuments, textes), nous constatons qu'elle dure de 776 (date des premiers jeux olympiques) à 323 av. J-C. (mort d'Alexandre le Grand), soit seulement quatre siècles et demi. Cette période est bien plus courte que celle des civilisations égyptienne (3000 av. J-C. : domination de Memphis ; 2800, grandes pyramides, jusqu'à 525 av. J-C. : prise de l'Égypte par les Perses) et assyrienne (3500 av. J-C. ; apogée de la civilisation sumérienne entre 2700 et 2300 av. J-C. jusqu'à 539, prise de Babylone par Cyrus).
Bien que très courte, cette civilisation est essentielle en raison de l'influence qu'elle a exercé sur la civilisation occidentale.
La civilisation grecque, et plus particulièrement athénienne, joua un rôle essentiel dans la formation de la civilisation européenne. Certes, bien des éléments de cette culture nous ont été transmis par les Romains, mais en conservant leur caractère originel.
Dans le domaine matériel, les Grecs ont perfectionné l'exploitation des mines, la trempe des métaux, leur soudure et leur alliage.
Dans le domaine intellectuel :
L'influence grecque est immense, et l'on a pu dire que les Français étaient les héritiers spirituels des Athéniens.
· les artistes grecs ont imposé leur conception de la beauté, de l'harmonie, aussi bien en architecture qu'en sculpture.
· Les poètes grecs ont créé des formes littéraires qui subsistent encore. Dans la poésie religieuse sont nées les représentations scéniques, théâtrales : tragédies, puis comédies. Les fables d'Ésope, aussi bien que les comédies d'Aristophane, ont inspiré bon nombre d'auteurs français.
· Dans la littérature grecque, il faut signaler l'importance des historiens, dont les œuvres présentent, outre l'intérêt événementiel, une richesse de descriptions, bien différente des chronologies des peuples d'Orient. Ce fut le cas d'Hérodote de Thourioi, le père de l'histoire, dont les récits ont servi de base à de nombreux travaux sur la Grèce Antique.
· Les philosophes grecs ont établi les fondements de la philosophie occidentale, et les oeuvres de Platon, de Xénophon, disciples de Socrate, ou d'Aristote, figurent au programme des études classiques littéraires.
· Les mathématiques classiques ont été découvertes par les Grecs, comme en témoigne la dénomination de nombreux théorèmes : Euclide, Pythagore, Thalès...
· Enfin, la langue grecque classique, outre qu'elle est toujours enseignée, a donné naissance à de nombreux mots de français usuel.
Nous
n’en connaissons que des bribes : pas un nom n’a survécu (Minos n’était
pas un homme, mais une dynastie ou un titre).
Cette
civilisation occupait l’est de l’île, la plaine de la Messara. Elle produisait
une céramique sub-néolithique, des vases de pierre, des objets métalliques
révélant une influence asiatique.
C’est
l’époque des premiers palais (Cnossos, Phaistos, Mallia). Il s’agissait de
principautés féodales, enrichies par le commerce maritime. On trouve de la
vaisselle minoenne dans les Cyclades, en Argolide, en Phénicie et en Égypte.
Les Crétois construisaient des chaumières, et aussi des villes avec des maisons
à terrasses. Les tombes sont variées, avec des chambres multiples. Les fresques
sont peu représentées, mais on a retrouvé de l’orfèvrerie, des glyptiques, de
la poterie très fine « en coquille d’œuf » (ce qui suppose un tour
très rapide) : style « de Camarès », géométrique, avec des
motifs naturalistes peu stylisés : cette céramique a connu une large
diffusion.
Vers
1700, tous les palais ont été incendiés : y a-t-il eu un raid achéen ?
Reconstruction
des palais. Prédominance de Cnossos (mais aussi Tylissos, Haghia Triada).
Gournia était une véritable ville d’artisans aux ruelles tortueuses.
Un
souverain (le Prince aux fleurs de lys) régnait dans un palais compliqué
(labyrinthe < labrys, double hache , symbole plus religieux que
politique) ; il avait autour de lui une sorte de chancellerie qui écrivait
en linéaire A.
Le
Prince aux lys
La « Parisienne »
1500-1450 :
thalassocratie crétoise (impérialisme ? Les Athéniens payaient un tribut).
Les rapports avec l’Égypte déclinent, ceux avec les Cyclades augmentent :
avec Mélos, on faisait commerce d’obsidienne. Les relations s’étendent jusqu’à
la Sicile, où l’on trouve des villes nommées Minoa : des comptoirs
crétois ?
1450-1380 : la Crète achéenne
En
1450 se produisit une nouvelle catastrophe : Cnossos est détruite en
1430 ; puis apparaît le linéaire B (qui est du grec). On représente des
chars, des épées : ce qui signifie un apport des achéens. Les tablettes
ne portent aucune littérature, mais des comptes, des listes, peut-être des
rôles d’impôts : on y mentionne du blé, des moutons… cela montre une
économie bien organisée.
La
destruction du palais de Cnossos en 1430 correspond à un enrichissement subit
des princes locaux en Grèce ; en outre, on trouve chez eux des traces
d’artistes crétois : il faut en conclure que la Crète a été alors soumise
aux Achéens. La Crète connaîtra alors une brillante période, jusqu’en 1380.
Après
1380, civilisation « dédalique » sous influence dorienne.
Il
s’agit peut-être d’un peuple proto-indo-européen, formé d’individus glabres,
petits, d’une taille très fine. Les femmes sont coquettes et couvertes de
bijoux ; on les représente souvent la poitrine dévoilée sur les statuettes
votives – peut-être pour des raisons religieuses.
Les
palais et les demeures sont opulents, et témoignent de la recherche du confort
(propreté, eaux et commodités). Les palais sont très compliqués, avec une cour
centrale et de multiples salles d’apparat. Le problème de l’éclairage est mal
résolu par d’étroites courettes.
Pensée
et religion restent inconnues de nous :
·
Importance du taureau (cornes de consécration ?)
·
Religion dominée par les principes féminins de la
fécondité : influence possible de l’Orient ;
·
Divinité suprême : une Grande Mère adorée par des
prêtresses aux seins gonflés qui manipulent des serpents (symbole chthonien).
·
Rites agraires : sacrifices surtout de produits
agricoles
·
Absence de symboles masculins, et de signes astraux
·
Animaux fantastiques comme les griffons, qui révèlent une
influence mésopotamienne
·
Religion funéraire : cf. le sarcophage d’Haghia Triada.
Le mort semble un moment rappelé à la vie par des offrandes à son
temple-tombeau ; mais le sens est discuté.
·
Aucune trace sûre de temples : culte sur les hauteurs,
dans des grottes (Camarès), autout d’arbres sacrés, et dans les palais, où l’on
a retrouvé des bassins (d’eau lustrale ?) et des tables d’offrandes.
·
Fresques, reliefs peints (très restaurés) ;
·
Statuettes en métal, en pierre tendre (stéatite) ou en
ivoire.
Les
tribus helléniques, achéennes, semblent avoir réparti le sol nouvellement conquis
entres familles. La population antérieure a peut-être formé des groupes serfs,
hilotes de Laconie ou pénestes de Thessalie, peut-être aussi les hectémores de
l’Attique ; mais l’on n’a aucune preuve d’une différence ethnique, linguistique
ou religieuse. Y a-t-il eu accord avec les populations conquises, symbolisé par
le mariage de Zeus et d’Héra ?
La
civilisation mycénienne est complexe, mêlée : art de la fortification pourvue
de casemates (cyclopéennes), décoration égéenne (“coupole” des tombeaux de
Mycènes et d’Orchomène) ; bâtiments isolés avec un toit à double versant, et
“mégaron” annonçant la structure du temple grec… Dans les arts plastiques, les
Mycéniens inexpérimentés ont fait appel aux Crétois (vases au décor floral ou
animal, fresques du château de Tirynthe).
Il
s’agit d’un régime belliqueux, féodal : châteaux des seigneurs commandant les
plaines ou, comme à Mycènes, les chemins ; agriculteurs et paysans assujettis à
la corvée. Vie fastueuse des châteaux (chasse, lutte, courses de taureaux),
vêtements féminins, armes venues de Crète. A la guerre, on utilise les chars,
comme en Égypte ou en Assyrie.
1400-1100 : la civilisation
mycénienne.
Les Achéens sont des Grecs parlant le dialecte arcado-chypriote. Les relations
entre les Rois sont belliqueuses : opposition aux invasions, guerres tribales,
concurrence sur les plaines fertiles… Il faut donc une forte organisation du
pouvoir et de l’armée. Les chefs hellènes, suivant l’exemple crétois,
augmentent leurs attributions : pouvoir religieux, fonctions civiles.
Le
Roi (ἄναξ) est
l’incarnation, puis le rejeton du dieu de la tribu. Son pouvoir est limité par
les chefs de famille (γέροντες) dont il doit réunir le conseil
(βουλή,
γερουσία) ; chef militaire, il est un intermédiaire entre le dieu
et la communauté, arbitre dans les procès ; mais le « droit
commun » se règle entres familles (vendetta ou composition). Le roi trouve
un appui contre les γέροντες dans la classe populaire (indigènes, bâtards, étrangers…)
Il rassemble sur son territoire privé cette foule, la protège contre les nobles
et contre les ennemis, la convoque en assemblées consultatives pour
l’intéresser à sa politique. En revanche, il exige contributions en nature,
service militaire, corvées. Au pied de la citadelle se trouvaient d’humbles
demeures, dont la trace subsiste aujourd’hui. La cité était donc un foyer
religieux, judiciaire, politique de la communauté.
Le Roi est le premier des
nobles. Chaque noble a son domaine, où il occupe des fonctions religieuses,
judiciaires ; réunis, les Eupatrides peuvent annuler la force du Roi.
Faste des rois épuisant leurs ressources, crises de succession : le fils
est souvent chassé du trône (voir les épopées).
Xème –IXème
siècles en Ionie : l’on est moins fidèle aux traditions ; il n’y a
pas de Roi dans la cité représentée sur le bouclier d’Achille ; les γέροντες rendent la justice sur l’agora, le peuple ne joue aucun
rôle. Les rois se maintiendront dans le Nord et l’Ouest de la Grèce : voir
les Rois de Macédoine.
Les « siècles obscurs » : une légende ?
Pour
toute cette partie, nous nous référons à l’ouvrage d’ Annie Schnapp-Gourbeillon,
Aux origines de la Grèce (XIIIème-VIIIème
siècles avant notre ère), la genèse du politique,
Les Belles-Lettres, 2002, 426 p. Voir bibliographie.
Selon la tradition, la civilisation
mycénienne se serait effondrée d’un coup, victime d’invasions doriennes qui
auraient tout détruit sur leur passage ; mais les données archéologiques
actuelles donnent une toute autre lecture de ces destructions, et des “siècles
obscurs” (XIIème-IXème siècles) qui les ont suivis.
Tout d’abord, il n’y eut pas une vague
brutale, mais des destructions qui s’étalent sur au moins 50 ans : vers 1350, après un
siècle et demi de prospérité et de paix, les choses changent : l’on construit
des forteresses, on renforce les murailles existantes – souvent pour protéger
des citernes ou des sources : c’est la preuve d’un sentiment nouveau
d’insécurité. La guerre change de méthode : on abandonne progressivement les
chars, trop coûteux en construction et en maintenance et on fortifie davantage
; on préfère l’usage d’une infanterie plus mobile et moins chère. Entre le XIIIème
et le XIIème siècle apparaissent les bateaux de guerre, profilés
pour la vitesse : est-ce le début de la piraterie ?
L’on
commence également à trouver des “objets étrangers” sur les sites : céramique
barbare pour les usages ménagers, fibules, épées longues… qui montrent des
relations nouvelles avec l’Italie du Nord et les Balkans, plus qu’une invasion
étrangère : les dirigeants ont peut-être alors fait appel à des mercenaires,
qui ont apporté ce mobilier avec eux.
L’unité
culturelle mycénienne commence en tous cas à se rompre, avec un régionalisme
marqué. On commence aussi à voir des destructions, mais celles-ci affectent
majoritairement les palais, mais non les autres
sites.
La
société connaît une profonde mutation : alors que jusqu’au milieu du XIIIème
siècle, l’hégémonie sans partage d’un palais imposait à la fois la paix et une
grande uniformité culturelle, cette hégémonie est battue en brèche ; des
subordonnés émergent, qui se partagent le pouvoir, faisant appel à des
mercenaires étrangers, munis d’armes nouvelles, pour mener leurs guerres
incessantes. Le système des palais a donc péri de lui-même, par une mutation
politique.
Le mythe des invasions
doriennes
: Le mythe du “retour des Héraclides” est purement spartiate ; partout
ailleurs, les Doriens sont considérés comme des Grecs, et ne viennent nullement
de l’extérieur. Sparte a reconstruit sa propre histoire en la rattachant au
mieux aux héros mythiques ; mais ce récit ne concerne que les Péloponnésiens,
et non l’ensemble des Doriens.
La
Crète est dorienne, mais ne présente aucune trace d’une invasion massive venue
du Nord. Comme dans le Péloponnèse, les destructions semblent provenir de
troubles internes.
Insaisissables
à l’époque ancienne, les Doriens étaient probablement des mercenaires, qui ont
suivi un chef qui leur avait promis des terres ; pour ces étrangers, le seul
moyen – contrairement aux autochtones – d’acquérir une identité prestigieuse
était de s’affirmer comme guerriers et conquérants.
La civilisation des Siècles
obscurs
: à partir du XIIème siècle, la Grèce va connaître une longue
période de bouleversements :
-
La hiérachie palatiale disparaît, et avec elle
l’architecture monumentale ;
-
L’écriture comptable (le “linéaire B”) n’est plus utilisée ;
-
Les liens avec les monarchies du Proche Orient se distendent
;
-
On ne recherche plus le luxe étranger…
Mais
en Grèce, et surtout en Crète, les grands sanctuaires demeurent, de la période
palatiale (et parfois même avant) à l’époque romaine, et ne présentent aucune
trace d’invasion dorienne. On retrouve cette continuité cultuelle à Olympie, à
partir de l’âge du Bronze. En Grèce comme en Crète, des sanctuaires sont créés
au XIIème siècle (Kalapodi, en Phocide) ; En Crète, ils se trouvent
près des villes, dédiés à la “déesse aux bras levés”, de la période
post-palatiale à l’âge de fer. Cela prouve l’émergence d’une nouvelle organisation
politique, moins centrée autour du palais.
Y a-t-il eu une catastrophe
démographique ?
-
La mémoire collective ne garde aucun souvenir d’un fléau
comparable à la Grande Peste de 1348, qui tua 75 % de la population : dans
l’Iliade n’apparaît qu’une épidémie banale.
-
Peut-être aussi y a-t-il eu paupérisation de la population :
or les pauvres sont enterrés sans sépulture, et disparaissent donc sans laisser
de trace ; mais l’habitat aussi se raréfie…
-
Faute d’une main d’œuvre qualifiée, la construction en
pierres disparaît.
-
Il y a eu surtout des mouvements de population : certains
lieux, comme Athènes, gagnent en population.
-
Enfin, de nouvelles régions grecques sont conquises – et pas
forcément par des réfugiés, mais aussi par des aventuriers armés, et qui
arrivaient avec une partie de leur fortune.
Si l'évolution politique et sociale des cités ne peut être suivie dans le détail faute de documents, et sans doute aussi à cause de l'inégalité de leur développement, accentuée par le repli, le morcellement qui caractérisent les premiers siècles, il reste possible sans conjectures trop aventurées, grâce aux poèmes d'Homère et surtout d'Hésiode, aux fragments des auteurs anciens, parfois aux fouilles archéologiques, d'esquisser le tableau de la situation au VIIIème siècle.
La vie économique est primitive et uniquement agricole, ce qui favorise les grands propriétaires, les possesseurs de chevaux (hippobotes) qui s'assurent à la fois la richesse, la puissance politique, la maîtrise des champs de bataille et la connaissance des secrets religieux. Cette suprématie s'explique politiquement par l'effacement de la monarchie primitive au bénéfice de l'aristocratie foncière, qui élimine le roi ou le réduit à un rôle purement religieux (cf. l'archonte-roi à Athènes), et domine un conseil d'une centaine de membres. Les petits possesseurs, les artisans ou démiourgoi, les salariés ou thètes, et les métayers, écrasés sous de lourdes contributions, éventuellement les esclaves publics, d'origine mal connue, hilotes laconiens, pénestes thessaliens, ne jouent aucun rôle politique et ne sauraient prétendre à rien sur le champ de bataille.
Les institutions sont sommaires, les lois non écrites, la justice familiale. Au luxe des riches s'oppose la misère croissante des pauvres. C'est à cette époque qu'il faut situer la grande émigration grecque et la naissance du monde hellénique qui commençait à l'extrémité orientale de la mer noire et ne se terminait qu'aux colonnes d'Héraklès, aujourd'hui Gibraltar.
· Ses causes : Les Grecs vivaient à l'étroit sur un territoire aride et pierreux : de plus, les invasions et les guerres civiles obligeaient les vaincus à trouver un refuge plus ou moins lointain. Les cités les plus colonisatrices sont les plus petites, les plus à l'étroit sur leur terre, comme Chalcis, Érétrie, Mégare. En revanche, Sparte, mieux pourvue, et accrue encore de la fertile Messénie, et Athènes, dans l'Attique relativement vaste et riche, ne sont pas à l'origine de la première colonisation.
· La première colonisation : elle dure de 775 à environ 675 av. J-C. Durant cette première colonisation, on rechercha de vastes terres, comme l'Italie du Sud, la Sicile, l'Afrique du Nord ou le Pont-Euxin. Leur vocation était agraire (la seconde colonisation, elle, sera commerciale). En effet, les colonies étaient très dispersées. Les principales furent :
· Les colonies d'Asie mineure : une véritable Grèce asiatique, dont la partie la plus prospère s'appelait l'Ionie, avec des villes peuplées, riches d'une civilisation brillante, comme Éphèse ou Milet.
· Les colonies du Pont-Euxin s'échelonnaient sur les rives de la Crimée, de la Russie du Sud, de l'Asie mineure septentrionale. A l'entrée des détroits, Byzance tenait la clé du Bosphore et dominait la route du blé ; elle était destinée à un brillant avenir...
· Les colonies d'Afrique : deux surtout étaient importantes, celle de Naucratès fondée dans le delta du Nil, et Cyrène, dans l'actuelle Tripolitaine (Libye).
· Les colonies d'Europe :
o En Italie méridionale, Naples, Sybaris, Tarente, et en Sicile : Syracuse, Agrigente (582). L'empreinte hellénique fut si forte que ces deux régions s'appelèrent la Grande Grèce.
o En Gaule méridionale, les Phocéens, originaires d'Ionie, fondèrent Massilia vers 600 (ou peut-être s'installèrent-ils à l'emplacement d'un ancien comptoir phénicien. Le nom de Massilia est d'origine phénicienne). Puis les Grecs de Massilia colonisèrent à leur tour la Corse, la côte provençale (Nice, Agde) et catalane. Massilia fut un grand centre de commerce avec la Gaule, la Sicile et l'actuelle Angleterre. C'était un intense foyer de culture grecque, et ses écoles connurent une grande renommée.
Le monde grec si vaste, si dispersé, jouissait d'une remarquable unité morale : la communauté y était formée sur les liens du sang, ou ceux de la langue grecque, seule usitée et comprise dans les colonies, ainsi que sur les institutions panhelléniques : jeux, religion.
Le morcellement géographique de la Grèce prédisposait au morcellement politique. Au lieu d'être le siège d'un État unique centralisé comme l'Égypte ou l'Assyrie, le territoire hellénique était partagé entre une trentaine de cités. Dans l'Antiquité, le mot "cité" ne désignait pas comme aujourd'hui une ville ; c'était un État indépendant de son voisin, ayant son gouvernement, une armée, des finances, même si son étendue était à peine celle d'un de nos arrondissements. Deux de ces cités avaient une très grande importance, Sparte (ou Lacédémone), et Athènes.
Sparte fut avant tout un État militaire : de 20 à 60 ans, le Spartiate était en état de mobilisation permanente, laissant le travail civil aux Périèques (artisans, commerçants, libres mais sans droits politiques) et aux Hilotes (dont la condition était semblable à celle des serfs, et qui étaient toujours prêts à se révolter), descendants des anciennes populations asservies.
Sparte était une cité aristocratique, où une faible minorité, le Conseil des Anciens, détenait tout le pouvoir, d'où une vie politique très restreinte.
Enfin, c'était une cité terrienne qui très tôt conquit presque tout le Péloponnèse. La guerre fut l'industrie nationale des Spartiates, mais ils ne firent pas une place suffisante à l'esprit dans leur système.
Les rois (Βασιλεῖς
Deux rois sont à la tête de la cité, l'un pris dans la famille des Agides, l'autre dans celle des Euripontides ; ils accèdent au pouvoir par primogéniture masculine. A l'époque classique, ils jouissent encore d'un grand prestige, mais n'ont plus de pouvoir réel. Une fois par mois, ils doivent prêter serment aux lois ; ils sont réduits à des fonctions religieuses. Ils commandent l'armée, mais sous la surveillance des éphores.
Les Éphores (ἔφοροι)
Annuellement élus, au nombre de cinq, par l'assemblée du peuple, les éphores sont les vrais chefs de la cité. A la guerre, deux éphores accompagnent le roi. Ils ont un pouvoir de surveillance générale sur toute la cité, sur les fonctionnaires qu'ils peuvent suspendre, et même sur les rois qu'ils peuvent mettre en accusation.
LE SÉNAT (ἡ γερουσία)
Il compte 28 membres, tous âgés de plus de 60 ans, et nommés à vie par l'assemblée du peuple ; le Sénat donne son avis sur les questions importantes, propose les lois, juge les causes criminelles ; les rois, mis en accusation par les éphores, sont traduits devant le Sénat.
L'ASSEMBLÉE DU PEUPLE (ἡ ἀπελλά)
Elle comprend tous les citoyens âgés de 30 ans ; elle se réunit une fois par mois, à la nouvelle lune. Elle élit par acclamation les éphores et les membres du Sénat, et vote, sans amendement ni discussion, les propositions de loi qu'il lui soumet. Son vote peut être cassé par le Sénat : en somme, elle n'a plus qu'un rôle consultatif.
Au contraire, Athènes était la capitale intellectuelle de la Grèce. Capitale de l'Attique, elle est située dans la plaine du Céphise, dans une région essentiellement maritime, à 7 km de la mer. Son principal culte était celui d'Athéna. Les Athéniens tiraient peu de ressources du sol, l'industrie en revanche y était très active (poteries du faubourg du Céramique, armes, bijoux, étoffes précieuses). Pour vendre ces produits et ravitailler la cité en blé (venu de Sicile, de Scythie - Russie méridionale - par les détroits), les Athéniens avaient développé leur flotte. Le commerce avait entraîné l'afflux d'or et d'argent et donné ainsi naissance à la banque. La flotte de commerce était protégée par une flotte de guerre.
Athènes
évolue vers la démocratie :
Lire La Constitution des Athéniens, d’Aristote.
· Organisation primitive d'Athènes : une cité aristocratique dirigée par une majorité de grands propriétaires nobles, les Eupatrides. Parmi eux se recrutaient les Archontes, qui dirigeaient l'État. Plus tard, sortis de ces charges, ils formaient l'Aréopage qui faisait observer les lois et rendait la justice. Mais les Eupatrides abusaient de leur pouvoir à l'égard des petites gens. Ceux-ci, victimes de mauvaises récoltes, empruntaient de l'argent qu'ils ne pouvaient rembourser : ils devenaient esclaves de leurs créanciers.
· La réforme de Solon : Ces oppositions d'intérêts risquaient d'engendrer une guerre civile. Elle fut évitée par Solon (594 av. J-C.), un Eupatride, désireux de maintenir la paix dans la cité. Il fit deux réformes :
o une réforme sociale qui abolit les dettes et l'esclavage pour dettes ;
o une réforme politique qui classait les citoyens d'après leurs revenus ou leurs richesses : seuls les citoyens des trois premières classes pouvaient devenir Archontes, mais tous les citoyens pouvaient siéger à l'Ecclésia et faire partie du jury populaire. Il faudra attendre pourtant le Vème siècle pour que le régime démocratique soit vraiment établi.
Grâce à la confédération de Délos, Athènes règne sur toute la Grèce, ce qui va provoquer la guerre entre Athènes et Sparte (461-451, puis 447-445), à l'issue de laquelle sera conclue la paix de trente ans. Athènes maintient sa puissance maritime mais renonce à toute action sur le continent.
Le Gouvernement de Périclès (444-428) représente l'apogée d'Athènes : surnommé "Tête d'oignon" à cause d'une difformité, il était membre de l'aristocratie ; c'était un démocrate incorruptible et intelligent, qui sut imposer des réformes et développer la démocratie : institution d'une indemnité parlementaire, notamment pour le Conseil des 500. Il fit édifier le Parthénon, et réalisa la conquête de l'Italie méridionale, qui jusque là n'avait guère que des comptoirs.
Mais il déclencha la guerre du Péloponnèse, qui sera fatale à la puissance d'Athènes ; et il mourut de la peste.

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10
ARCHONTES 1 éponyme – 1 roi – 1 polémarque |
10 stratèges élus |
NOMBREUSES MAGISTRATURES TECHNIQUES & SPECIALISEES Magistratures financières (les hellanotames qui gèrent le trésor de la ligue de Délos) Ediles (voirie, poids et mesures, surveillance des marchés) Magistratures religieuses |
C'est l'assemblée souveraine sur toutes les questions. Aristote prétend qu'elle est aux mains des démagogues, mais elle a eu son heure de gloire.
Organisation de l'assemblée :
Tout citoyen adulte et non frappé d'atimie, peut assister à l'Ecclésia. Pour cela, il faut être né de père et de mère athéniens. Seuls les présents ont le droit de vote : pas de démocratie représentative. Théoriquement, elle compte 40 000 membres; mais en général, il y a 2 à 3000 personnes. Exceptionnellement, pour certaines décisions, 6 000 personnes sont nécessaires.
Sont présents essentiellement des citadins : artisans, boutiquiers, ouvriers ; peu de paysans, de négociants (beaucoup sont métèques), de propriétaires fonciers (qui ne veulent pas se mêler au peuple). A l'époque de Clisthène, elle se réunit une fois par prytanie. Au Vème siècle, il y a une réunion principale par prytanie, plus trois légales, soit une fois tous les 10 jours.
Fonctionnement de l'assemblée :
Deux réunions se tiennent à date fixe : le 11 du mois Hécatombaion (juillet), et le 21 d'Elaphèbolion (mars). Il y a deux types de séances
1. Normales :
1. Principale : (cheirotonia) pour élire les magistrats et régler les questions de succession. Durant la 6ème prytanie de l'année, on règle les problèmes de sycophantie et de l'ostracisme. L'ordre du jour est annoncé à l'avance ; on traite aussi d'éventuelles eisangelies
2. Légales : on traite les problèmes d'impunité (cf. Andocide, Sur les mystères, § 11), les affaires religieuses, internationales, profanes. Le peuple a le droit de délibérer sur toute question affichée au moins 4 jours à l'avance.
2. Extraordinaires
:
En cas de danger extrême et soudain. Ainsi lors de la prise d'Élatée : les
troupes de Philippe sont aux portes d'Athènes. Sonneries de trompette, puis
feux annonçant l'assemblée. Une bannière est déployée sur la Pnyx.
Le peuple est souverain : pas de formalisme rigide, mais quelques usages, comme la bannière. Le matin, les archers scythes barrent les rues partant de l'assemblée, et obligent les Athéniens à se rendre à l'Agora (avant Clisthène), puis, au 5ème-4ème siècle sur la Pnyx, et à la fin du 4ème siècle, au théâtre de Dionysos. La Pnyx est un hémicycle de 120 m sur 70 m, qui domine de 20 m la ville. Sur le côté le plus long, une estrade (9,30 m sur 1,10m). En face de la tribune, un autel à Dionysos, et un cadran solaire (depuis 433). L'ensemble peut contenir 25 000 personnes.
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La tribune |
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La Pnyx n'a qu'une entrée : elle est close de tous côtés. Sur la tribune se tiennent les prytanes, qui jusqu'en 378-77 convoquent et président l'Ecclésia. Le bureau est composé de l'Épistate des Prytanes (= président), du héraut, et d'un secrétaire. L'ordre est maintenu par les archers scythes.
Procédure :
· La bannière est abaissée ; un porc est sacrifié, son sang jeté sur le sol en cercle. Le héraut lit la "probouleuma" (proposition, en principe examinée au préalable par la Boulè. En principe, la Boulè ne peut mettre son véto. En outre, le président peut introduire des propositions qui n'ont pas été présentées à la Boulè).
· On met le texte aux voies :
o il est accepté ou rejeté sans discussion.
o Il
y a discussion : le héraut prononce la formule "Qui demande la parole
?"
L'orateur couronné de myrte est inviolable. Le droit d'isègoria (de discuter,
proposer, amender) est absolu. Cela ne va pas sans quelques problèmes :
§ Les paysans sont désavantagés, car peu habitués à la parole ; en pratique, seules quelques centaines d'hommes osent s'exprimer. C'est déjà beaucoup !
§ Importance de l'éloquence parlementaire, née à Athènes, et de la sophistique.
§ Risque d'obstruction parlementaire ;
§ Vote au "finish", au dernier moment.
En contrepartie, l'orateur est pénalement responsable de ses paroles et s'expose à des peines très lourdes. La graphè paranomôn peut sanctionner celui qui ferait une proposition contraire aux lois (dans les 6 mois ou l'année suivant la proposition), ou la loi elle-même (sans limite de temps)
o Le vote : à main levée (χειροτονια), ou dans certains cas très importants, par vote secret : ostracisme, adeia (impunité), haute trahison. On a retrouvé des "ostraka" (coquilles) avec des noms inscrits dessus ; or certains sont inconnus. L'Épistate proclame alors les résultats après épreuve et contre épreuve. En cas de ballottage, nouvelle délibération.
Les pouvoirs de l'Ecclésia :
L'Ecclésia a été versatile, égoïste, cruelle, mais aussi enthousiaste ; elle a formé un peuple amateur d'éloquence politique, et remarquablement au courant des affaires mondiales : ses qualités l'emportent sur les inconvénients.
Image et représentation permanente du peuple, mais sans autonomie, la Boulè est l'émanation et l'auxiliaire du dèmos ; elle n'est pas une chambre représentative. Organisée par Clisthène en 508, elle compte 500 membres (soit 50 membres par tribu), avec un suppléant par membre, désignés par tirage au sort (c'est à dire par les Dieux) parmi les Athéniens de 30 ans révolus. Ces Bouleutes reçoivent une indemnité de 5 oboles par jour, ce qui est très faible : la fonction est peu recherchée, mais chaque tribu doit avoir ses candidats.
L'élection est non renouvelable et dure 1 an : chaque Athénien a une chance sur deux d'être bouleute... (100 élus chaque année, bouleutes et probouleutes). Sachant que l'espérance de vie est de 55 ans, cela donne à chaque Athénien 25 ans de vie politique. En 25 ans, 2500 personnes sont élues ; or une tribu compte environ 4000 membres...)
Les 500 bouleutes sont répartis en 50 prytanies de 36 jours ; chaque jour un Epistate des Prytanes est désigné. Il y aura donc 36 Epistates sur 50 prytanes : les chances de le devenir sont donc très grandes (à comparer avec celles d'un citoyen français de devenir président de la République !). Pour un Grec, tout individu est interchangeable ; d'autre part, la Boulè est plus représentative de l'ensemble de l'Attique que l'Ecclésia, plus citadine.
Les bouleutes ont quelques avantages : une place réservée au théâtre, en ville la couronne de myrte ; ils sont exemptés de service militaire pendant la Boulè et jouissent de l'immunité parlementaire. En échange, ils sont soumis à la reddition de compte.
Ils sont convoqués par les Prytanes, tous les jours, sauf les jours fériés et néfastes. En cas de danger, ils siègent en permanence. Ils siègent au Bouleutérion, sur l'Agora (voir image ici), mais des séances extraordinaires peuvent se tenir à Eleusis, sur l'Acropole, ou au Pirée. Les séances sont publiques (exceptionnellement certaines peuvent être secrètes) ; les stratèges y siègent de plein droit ; n'importe qui peut se faire entendre de la Boulè.

Plan de la Boulè d'Athènes
La séance commence par un sacrifice et des prières : les prytanes jouent un rôle important. Chaque tribu exerce une fois la prytanie, par tirage au sort, durant 36 jours. Les prytanes sont logés dans la skias ou Tholos, autrefois appelée prytanée. L'Epistate des prytanes est le premier personnage de l'Etat, détenteur du sceau et entouré des plus grands honneurs. Les prytanes sont les mandataires des Bouleutes.
Rôle de la Boulè
· Direction générale des affaires publiques par délégation, sous contrôle de l'Ecclésia.
o En politique étrangère, elle gère les petites affaires courantes (paix, guerre, alliances appartiennent à l'Ecclésia) : elle surveille l'administration financière de la ligue de Délos, reçoit les hôtes officiels, proxènes et évergètes. Elle communique aux étrangers tous les décrets qui les concernent, et jurent les traités. Elle collabore avec les généraux pour dresser la liste des hoplites et des cavaliers, vérifie l'état de la flotte.
o Finances : elle reçoit prémisses et dons, assiste aux adjudications, répartit les tributs, vérifie les comptes et l'application du budget (les documents datent du IVème siècle, mais ils montrent une organisation assez au point). Elle veille aux dépenses de travaux publics, nomme les épistates, contrôle les petites dépenses.
o Religion : la Boulè prépare les Panathénées, et les contrôle (par hiéropes interposés), ainsi que les Dionysies.
o Pouvoir judiciaire : droit de censure et de contrôle judiciaire, docimasie, contrôle sur l'état civil, surveillance des comptes des fonds publics (par logistes et euthynes). Mais elle perd le droit d'emprisonner et de mettre à mort ; elle juge les triérarques défaillants, les débiteurs insolvables, les architectes convaincus de malfaçons, les infractions fiscales et douanières ; elle instruit les eisangélies (jugées par le peuple).
· Au Vème siècle, elle apparaît comme le meilleur garant de la démocratie, "cheville ouvrière du régime", démocrate et patriote du côté du pouvoir (Périclès, Thémistocle, Ephialte). Elle filtre l'Ecclésia mais ne s'y oppose pas ; elle assume l'expansionnisme d'Athènes, de Thémistocle à Périclès (mort en 429). De 425 à 420, elle subit les premières atteintes de la démagogie, comme Cléon (mais celui-ci est surtout connu par ses adversaires, Thucydide et Aristophane). Les 30 supprimeront la Boulè, ce qui est un gage de démocratie.
· Après la guerre du Péloponnèse, un grand trouble règne dans les affaires publiques ; la Boulè ne retrouvera pas sa place.
Les magistrats, délégués du peuple, sont à ses ordres (contrairement aux magistrats Romains). Les citoyens sont égaux, en principe sans distinction de naissance ou de fortune. Ils détiennent pour 1 an, le plus souvent non renouvelable, une parcelle d'autorité déléguée par le dèmos, et reçoivent une indemnité.
Les citoyens sont interchangeables : tout homme libre, majeur, citoyen, sain peut exercer une magistrature : tout le monde peut accéder au pouvoir, par élection ou tirage au sort, parfois combinés. Les magistratures sont collégiales, les membres sont égaux et indépendants.
Au début du Vème siècle, seuls les pentacosiomédimnes (1ère classe de citoyens, qui a un revenu de 500 médimnes de céréales ; 1 médimne = 51,84 litres) peuvent être archontes ; en 487, la charge est accessible aux chevaliers, et en 456 aux zeugites et aux métèques. 500 noms sont tirés, dont 10 archontes seront désignés. Lourdes responsabilités + docimasie devant l'Héliée, sauf pour les Archontes (devant la Boulè) + collégialité + spécialistes par fonction technique (stratèges et hellanotames sont élus).
Durant la première prytanie, après présages favorables sur la Pnyx, on vote à main levée :
Pour être magistrat, il faut être athénien et de père athénien, sain de corps et d'esprit, participer au culte d'Apollon Pathos et de Zeus Leukeios, faire preuve de respect filial (NB : Andocide, accusé d'avoir dénoncé son père, eût été de fait exclu de toute magistrature),avoir un tombeau de famille en Attique. L'archonte-roi doit en outre être marié à une Athénienne dont c'est le 1er mariage ; les stratèges doivent être fils légitimes d'Athénien et posséder des terres en Attique ; le trésorier doit avoir une fortune personnelle de 500 médimnes, gage d'honnêteté.
Ils entrent en charge le 1er jour de l'année, en prêtant serment d'obéir aux lois, de ne pas se laisser corrompre. L'archonte promet de donner à la ville, en cas de forfaiture, une statue en or massif à sa taille.
Les autres magistrats tirés au sort : (κληρωτοι)
· Magistratures judiciaires :
o Les Onze, chargés des exécutions capitales
o Les
juges des dèmes
· Magistratures financières :
o Les 10 trésoriers d'Athènes
o Les colacrètes, remplacés en 411 par les apodectes : receveurs généraux
o Les Polètes : fonctionnaires chargés des ventes et adjudications pour le compte de l'Etat
o Les logistes (comptes des magistrats) et practores (percepteurs des ventes)
o Astynomes (police des rues : 5 à Athènes, 5 au Pirée)
o Hodopoioi : voirie
o Commerce, rôle essentiel pour Athènes :
§ 10 agoranomes (surveillance du marché)
§ 10 métronomes (surveillance des poids et mesure)
§ 35 sitophylakes (commerce du blé. Noter leur nombre important : le ravitaillement en céréales est essentiel)
§ 10 épimélètes d'emporion (préposés aux magasins)
Chacun, dans sa juridiction, peut infliger des amendes de 50 drachmes.
· Magistratures cultuelles :
Il n'y a pas de caste religieuse à Athènes ; fonctionnaires tirés au sort.
o Hiéropoioi : pour des cérémonies déterminées (grandes Panathénées, fêtes d'Apollon Délien, d'Héraklès, d'Artémis Brauronia), sacrifices expiatoires, entretien des temples.
Les magistrats élus (charges essentiellement financières ou militaires) :
· Magistratures financières :
o Les hellanotames, créés avec la ligue de Délos : ils gèrent le trésor, assistés de parèdres (receveurs payeurs généraux) ; ils sont préposés au théorique (argent donné aux pauvres pour payer leur place de théâtre) et trésoriers des fonds militaires créés en 340 ; ce sont les trésoriers d'administration générale, en charge pour 4 ans. Au IVème siècle, ces fonctions deviennent plus importantes : un certain Euboulos a été quasiment un ministre des finances.
o Fonctions techniques :
§ Epimélètes d'administration ou des arsenaux maritimes (gèrent le fonctionnement du Pirée)
§ Epimélètes des eaux et fontaines
§ 10 sophronistes (3 / tribus) choisis parmi les hommes de 40 ans comme guides des éphèbes.
· Magistratures religieuses :
o Epimélètes des processions (pour les Grandes Dionysies) : ils organisent la liturgie, or celle-ci est coûteuse : bientôt, faute de candidats, le tirage au sort remplace l'élection.
o Epimélètes des mystères : 2 choisis dans deux familles, (Kérikes et Eumolpides) + 2 tirés au sort.
o Exégètes : conservent et interprètent les textes sacrés. Ils sont Pythochrestoi (= confirmés par la Pythie), choisis sur une liste de 10.
· Fonctions extraordinaires : attributions définies, mais durée non fixée.
o Epistates pour des travaux particuliers
o Commissaires pour la défense nationale
o syllogeis pour l'inspection des comptes...
Au départ une fonction militaire, mais en réalité dirige la cité. Collège de 10 membres (sont aussi élus : 10 taxiarques (infanterie) et 10 phylarques (cavalerie). Ils sont immédiatement et indéfiniment rééligibles : ainsi, Cimon fut en plusieurs fois 15 fois stratège, et Périclès 15 fois de suite.
Evolution de la stratégie : propre à Clisthènes (on reconnaît le système décimal spécifique aux Ioniens) ; au début du Vème siècle (Marathon,490) les stratèges sont seulement chefs des hoplites, chacun commandant les hoplites de sa tribu,soit environ 1000 hommes. Le commandant en chef tournait toutes les 24 h. Mais Miltiade connaissait bien les Perses : il resta commandant en chef.
Le pouvoir, d'abord militaire, s'étendit à tout, même sur la ligue de Délos. Thémistocle, vainqueur de Salamine, Aristide, organisateur de la Ligue de Délos, Xantippe, père de Périclès, ont été stratèges.
Pour être stratège, il faut de l'argent. Les stratèges, à l'exception de Thémistocle, appartiennent aux plus hautes classes de la société. Ils sont soumis à la reddition de compte, soit après chaque élection, soit après la dernière. Périclès sera jugé après sa 15ème stratégie, et condamné à payer 15 talents (1500 kg d'argent).
Il faut être bon orateur : campagnes électorales, discours devant l'armée ; le stratège est dépositaire de la souveraineté nationale. Aristide, Alcibiade, Nicias, Cléon, Conon, Cléophon... Timothéos, Phocion, Iphicrate ont été de bons orateurs. Parfois, pour une opération précise, ils s'associent. Ainsi Nicias, Lamachos et Alcibiade pour l'expédition de Sicile.
· Les prérogatives sont modestes : immunité temporaire, protection, honneurs formels, accès au Prytanée.
· Les responsabilités sont très lourdes :
1. obligation de rendre compte très souvent à la Boulè ou à l'Ecclésia
2. les stratèges peuvent être mis en accusation n'importe quand, par n'importe qui ;
3. Sur le plan financier, la reddition de compte est collective : tout le collège paye pour un seul stratège. En cas de dérobade, risque l'eisangélie ou la graphè logiou, l'interdiction de quitter le pays avant d'avoir rendu compte, de disposer de ses biens, d'entrer dans une autre famille par adoption.
· Le magistrat sortant de charge doit remettre au logiste l'ensemble des comptes ; chaque logiste se retire au logistérion pour les vérifier. Il rend son rapport après 30 jours. S'il constate une fraude, le dossier est remis aux Euthynes (bouleutes) qui convoquent le tribunal. Les Euthynes eux-mêmes sont soumis à reddition de compte.
Très large prépondérance du législatif (Boulè, Ecclésia) sur l'exécutif. Et les barrières contre la sycophantie sont fragiles.
Au IVème siècle, alors qu'auparavant le caractère politique tendait à l'emporter sur le caractère militaire, l'évolution inverse se produit. A cette époque, l'armée n'est plus seulement composée de citoyens et de métèques ; les mercenaires deviennent de plus en plus nombreux. Dociles, doués d'une étonnante conscience professionnelle, ce sont des spécialistes de la guerre.
Les stratèges se répartissent alors en deux groupes :
· 5 stratèges "généralistes" pour les fonctions dans la cité
· 5 spécialistes
o stratèges des hoplites (pour l'armée en campagne)
o stratèges des territoires (défense de l'attique contre les territoires : hoplites âgés et métèques)
o stratèges du Pirée
Ils font des rapports fréquents à la Boulè, peuvent lui faire des propositions avec l'accord des Prytanes. Ils peuvent donc encore peser sur la vie politique, mais la "dictature de l'éloquence" de Cimon et Périclès est remplacée par d'autres procédés :
· alliance entre un stratège et un orateur bien écouté à l'Ecclésia : Iphicrate ami de Callistratos ;
· "Condottiere", généraux efficaces, très populaires, qui orientent la politique d'Athènes au delà de ce que la ville avait souhaité: Thimothée est ami de Jasion, tyran de Phères ; Iphicrate épouse la fille du roi Thrace Cottys.
Evolution de la société : de Thémistocle à Démosthène, diminution du nombre de citoyens. La guerre du Péloponnèse a rompu l'équilibre entre ville et campagne ; la population urbaine domine. L'Aristocratie, qui au 5ème siècle a souvent opté pour l'oligarchie, est éliminée de la vie politique.