Extrait de l'œuvre

Bombardement américain sur le Vietnam

Bombardement sur le Vietnam en 1972
Bombardement sur le Vietnam en 1972Informations[1]

Cette image est l'œuvre d'un marin ou un d'employé de l'U.S. Navy, créée dans l'exercice de ses fonctions. En tant qu'œuvre du gouvernement fédéral des États-Unis, cette image est dans le domaine public.

La narratrice raconte son enfance au Nord Vietnam, en proie aux bombardements américains. Dans l'extrait ci-dessous, sa mère, institutrice, en sera victime...

Après le petit-déjeuner ce jour-là, ma mère et moi, nous allâmes à l'école, moi, dans ma classe et elle, dans la sienne. Les deux écoles étaient distantes d'à peu près un kilomètre. Elle m'embrassa affectueusement en me quittant. Ce matin-là, nous n'avons pas pu travailler, car les avions à réaction étaient nombreux et les moteurs rugissaient sans arrêt au-dessus de nos têtes. Une demi-heure après, les bombes tombèrent. Avec la maîtresse et les amis de classe, nous étions dans un grand abri solide construit en ciment. Les grands bruits nous rendaient sourds ; les vibrations du sol et des abris semblaient nous renverser. Nous étouffions. Un moment après, le souffle d'une bombe nous renversa. Nous pleurions de peur. Seule la maîtresse gardait son calme pour nous consoler. Quand les avions s'en allèrent, nous sortîmes de notre abri. Je vis les autres maîtres, maîtresses et les élèves des autres classes de mon école sortir de leurs abris. Nous entendions de plus en plus nettement des pleurs. La peur se lisait sur chaque visage. Tous étaient pâles et désorientés. En général, nous avions l'habitude des bombardements, mais cette fois, c'était trop fort et trop près.

Ensuite la maîtresse nous demanda de revenir en classe où les livres, les cahiers, les "outils" scolaires étaient en désordre. De la terre sèche des murs, de la paille du plafond, des feuilles des arbres encombraient la classe. Tandis que nous rangions nos affaires, notre maîtresse et ses collègues coururent vers le collège de ma mère d'où nous parvenaient des cris, des pleurs. J'étais sur des charbons ardents mais je n'osais pas me déplacer car il me fallait respecter la discipline de la classe, de l'école.

Une heure après, notre maîtresse revint. Comme les autres classes, elle nous libéra mais nous demanda de faire très attention au retour car les morceaux des bombes étaient éparpillés partout. Des bambous et de grands arbres coupés jonchaient le sol. Dans le village d'à côté où se trouvait le collège de ma mère, le spectacle était catastrophique. Parmi plusieurs maisons brûlées, le collège unique était totalement détruit. Les larmes ruisselaient sur les deux joues de ma maîtresse qui m'attira vers elle. Elle m'embrassa longuement comme si elle voulait me transmettre son énergie et sa force. Elle me dit de rentrer avec elle et de ne pas attendre ma mère comme d'habitude. Je lui demandai pourquoi : elle ne dit rien ; elle pleurait.

Tran Thi Hao, "La Jeune fille et la guerre", L'Harmattan, 2007, p. 77-78.